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09/12/2017 06:35 EST

Face à un possible divorce en douceur, les Brexiters fourbissent leurs armes

L'accord préliminaire conclu vendredi sur le Brexit ouvre la voie à une séparation en douceur entre le Royaume-Uni et l'Union européenne, mais les partisans d'un divorce "dur" fourbissent leurs armes pour les négociations commerciales à venir.

Une enveloppe de 40 à 45 milliards d'euros pour solder les comptes du Royaume-Uni, la garantie d'une frontière ouverte entre les deux Irlande et la préservation des droits des expatriés européens outre-Manche avec le maintien d'une certaine compétence de la Cour de justice de l'UE: le terrain d'entente trouvé marque plutôt la continuité que la rupture nette d'avec l'UE prônée par les plus fervents défenseurs du Brexit.

"C'est un clou dans le cercueil du Brexit dur", s'est félicité Ben Howlett, ancien député conservateur et vice-directeur du Conservative Group for Europe, dans le quotidien de centre gauche The Guardian.

Surtout, il y a "la mère absolue de toutes les concessions", souligne un éditorial du quotidien britannique de centre gauche. L'accord de vendredi stipule en effet qu'en l'absence d'accord final sur l'Irlande, "le Royaume-Uni maintiendra l'alignement complet avec les règles du marché intérieur et de l'union douanière" afin de préserver l'accord de paix en Irlande du Nord.

Comme Londres a exclu haut et fort toute entaille à l'intégrité de son territoire en accordant à sa province un statut particulier, cela signifierait que le pays pourrait en fait calquer les règles européennes même au-delà d'une période transitoire prévue après le Brexit, fin mars 2019. Une ligne rouge que Theresa May s'était pourtant promis de ne pas franchir.

- 'Replis tactiques' -

"Les Brexiters purs et durs ont-ils commencé à digérer ces mots?", s'interroge The Guardian qui ironise, en reprenant le slogan des partisans d'une sortie claire et nette de l'UE: "reprendre le contrôle, en effet".

Ian Bond, du centre de réflexion londonien Center for European Reform, estime auprès de l'AFP que "cela risque de mal passer avec les Brexiters durs, mais probablement un peu mieux avec la majorité (des députés) de la Chambre des Communes", plus favorable à un retrait modéré.

Les efforts de Theresa May pour parvenir à un accord ont pourtant été unanimement loués dans son camp, qui ne manque d'habitude pas d'afficher ses divergences entre jusqu'au-boutistes et partisans d'un quasi-statu-quo.

Mais si les fervents Brexiters accusent le coup, ils ne s'avouent pas vaincus pour autant. Cette première étape est surtout vue comme l'occasion d'enfin passer aux négociations sur la future relation commerciale, qui s'annoncent ardues et où ils entendent bien faire prévaloir leur point de vue.

"Il n'y a pas la moindre chance que les Brexiters conservateurs acceptent que (le Royaume-Uni) continue d'appartenir au marché unique. Ils ont opéré des replis tactiques dans ce processus" de peur de compromettre le Brexit lui-même en déstabilisant Theresa May, "mais ce serait un repli de trop", commente Anand Menon, professeur de politique européenne au King's College de Londres, à l'AFP.

"La bataille a tout simplement été remise à plus tard", ajoute-t-il.

- Phénix -

La tribune publiée samedi par le pro-Brexit ministre de l'Environnement Michael Gove dans The Daily Telegraph semble attester de cet état de fait. "Rien n'est conclu tant que tout n'est pas conclu", insiste-t-il. Il souligne que "le peuple britannique" aura le dernier mot: si l'accord lui déplait, il pourra voter aux prochaines élections pour un gouvernement capable de rectifier le tir.

A l'issue d'une période de transition perçue comme nécessaire pour donner de la visibilité aux milieux des affaires, le Royaume-Uni aura "toute liberté pour s'écarter des règles européennes sur le marché unique", se réjouit-il.

Sans nouvel accord commercial, le Royaume-Uni se verrait appliquer les règles de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), synonymes de barrières douanières et tarifaires.

Selon les médias britanniques, Theresa May réunira son gouvernement le 19 décembre pour arrêter la position de son exécutif sur la future relation avec Bruxelles. Une rencontre à haut risque qui pourrait bien raviver les tensions internes.

"Theresa May peut avoir un bref soupir de soulagement mais, chez elle comme à l'étranger, les batailles les plus difficiles sont encore à venir", prédit The Times, qui la compare dans une caricature à un phénix renaissant de ces cendres avant de se brûler à nouveau les ailes.

mpa/mr