NOUVELLES
09/12/2017 06:51 EST

Au Brésil, le centre cherche sa voie avant la présidentielle

À dix mois de l'élection présidentielle au Brésil, deux candidats se détachent dans les sondages: Lula à gauche et le sulfureux Jair Bolsonaro à l'extrême droite, tandis que le centre, qui réunit son congrès national samedi, peine à occuper le terrain.

Pourtant, le scrutin pourrait ouvrir un boulevard pour un candidat plus consensuel. C'est le pari du Parti de la social-démocratie brésilienne (PSDB), de l'ex-président Fernando Henrique Cardoso (1995-2002), formation historique du centre qui a tenu son congrès samedi matin à Brasilia.

À l'issue de ce congrès, le gouverneur de Sao Paulo, Geraldo Alckmin, 65 ans, a été élu président du parti à une majorité écrasante de 470 voix contre 3, se présentant ainsi comme le candidat le plus crédible de la formation pour l'élection d'octobre 2018.

"Le PSDB est l'instrument de la modernisation du Brésil que nous voulons, inséré dans l'économie mondiale", a-t-il affirmé dans son discours, acclamé par plusieurs centaines de militants.

Les ambitions politiques de candidats centristes sont toutefois plombées par l'impopularité record du président Michel Temer (3% d'opinions favorables), qui fait face à de graves accusations de corruption.

Le parti de Temer, le puissant PMDB, qui fait la pluie et le beau temps au Congrès depuis une vingtaine d'années, a noué une alliance avec une dizaine de petites formations, pour former le "Centrao" (gros centre en portugais).

Ce groupe a mené en 2016 la fronde ayant débouché sur la destitution controversée de Dilma Rousseff, dauphine de Lula, propulsant au pouvoir Michel Temer, qui était son vice-président.

- Sondages peu flatteurs -

Le PSDB a joué un rôle-clé dans la formation du nouveau gouvernement, mais ses ministres ont déjà commencé à quitter le navire pour éviter que le parti ne pâtisse de la mauvaise image de Temer et du "Centrao" en vue des élections.

Le parti se trouve dans une situation inconfortable, entre la volonté de soutenir les mesures d'austérité du gouvernement pour sortir le Brésil d'une récession historique et la volonté de voler de ses propres ailes.

"Il faut soutenir les réformes, mais nous devons avoir notre propre identité", a indiqué Silvio Torres, allié proche de Geraldo Alckmin.

Candidat pressenti du PSDB, ce dernier avait déjà tenté sa chance en 2006, mais avait été battu au second tour par un Luiz Inacio Lula da Silva en état de grâce.

Sept ans après avoir quitté le pouvoir avec une cote de popularité record (80%), Lula revient à la charge, même si son image est sérieusement mise à mal par les accusations de corruption qui pèsent contre lui.

Condamné à près de 10 ans de prison, il risque de ne pas pouvoir se présenter si la sentence est confirmée en deuxième instance.

Malgré tout, le dernier sondage de l'institut Datafolha le crédite de 36% des intentions de vote.

Jair Bolsonaro, ancien militaire qui défraie régulièrement la chronique avec ses sorties homophobes ou misogynes, est solidement calé en deuxième position, avec 18%.

Alckmin, lui, se contente d'un modeste 7%, derrière l'écologiste Marina Silva, mais espère gagner la faveur des électeurs en se dressant comme l'adversaire numéro 1 de Lula.

"Après avoir mis le Brésil en faillite, Lula veut revenir sur les lieux de son crime. Il sera condamné par les urnes", a-t-il scandé lors de son discours.

- Scandales à répétition -

Betinho Gomes, député du PSDB, croit aussi dur comme fer en une victoire de sa formation.

"La nécessité de trouver un candidat du centre qui contraste avec les extrêmes va susciter des alliances entre partis et Alckmin aura un rôle fondamental", assure-t-il à l'AFP.

Mais son parti est loin d'être épargné par les scandales de corruption.

Geraldo Alckmin lui-même est ciblé par l'opération "Lavage-Express", enquête tentaculaire qui a mis au jour un vaste réseau de versements de pots-de-vin d'entreprises pour s'assurer des marchés publics.

Le gouverneur de Sao Paulo est soupçonné d'avoir reçu de l'argent sale du groupe de BTP Odebrecht pour alimenter les caisses noires de campagnes électorales.

"Alckmin a des chances, mais elles sont assez minces. Aucune personnalité du PSDB ne figure en bonne position dans les sondages et le parti a été fortement touché par les accusations de corruption", explique Fernando Lattman-Weltman, de l'Institut de sciences sociales de l'Université de Rio de Janeiro.

dw-lg/pt/jh/mr