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07/12/2017 00:30 EST

Erdogan en Grèce pour une visite qui suscite déjà des "préoccupations"

Le président de la Turquie Recep Tayyip Erdogan est arrivé jeudi en Grèce pour un déplacement historique supposé accélérer le réchauffement entre deux voisins ayant de profonds différends, mais il a déjà suscité les "préoccupations" d'Athènes en suggérant mercredi la révision du Traité de Lausanne fixant les frontières de son pays.

M. Erdogan s'est déjà rendu en Grèce à deux reprises lorsqu'il était Premier ministre, en 2004 et 2010, mais cette troisième visite a une valeur autrement symbolique, car aucun chef de l'Etat turc n'est venu à Athènes depuis Celal Bayar il y a près de 65 ans.

Émergeant de son avion peu avant 11h00 locales (09h00 GMT), tenant par la main son épouse Emine, le président turc a été accueilli par le ministre des Affaires étrangères grec Nikos Kotsias, avec lequel il a échangé des plaisanteries au sujet de leurs cravates.

Après plusieurs décennies de rapports houleux qui ont même failli dégénérer en affrontements en 1996, Grèce et Turquie ont entamé un dégel, initié en 1999 par l'aide d'Athènes à la Turquie après un séisme ayant dévasté Istanbul.

Mais des "différends anciens" persistent, relève Jean Marcou, chercheur associé à l'Institut français d'études anatoliennes, situé à Istanbul.

C'est notamment le cas du découpage territorial en mer Egée, qui sépare les deux pays. M. Erdogan l'a une nouvelle fois critiqué, dans une interview enregistrée en Turquie et diffusée mercredi soir par la chaîne de télévision grecque Skai. Il s'en est pris plus largement au Traité de Lausanne de 1923, qui définit les frontières de la Turquie.

Tout en prenant un ton conciliant, il a appelé à des "améliorations" concernant la mesure des espaces aériens et des eaux territoriales en mer Egée, et redit que le traité devait être "révisé", ce qui serait "mutuellement bénéfique" selon lui.

Athènes a vivement réagi, peu avant minuit : "l'interview soulève de sérieuses préoccupations et questions", a écrit dans un communiqué le porte-parole du gouvernement grec Dimitris Tzanakopoulos.

"Le gouvernement grec et le Premier ministre (Alexis Tsipras, ndlr) souhaitent que la visite soit l'occasion de construire des ponts, pas d'élever des murs. Le respect du Traité de Lausanne est la pierre angulaire exclusive et non négociable sur laquelle peut se construire la coopération sincère des deux pays", a-t-il ajouté.

- 'Pas en avant audacieux' -

La presse grecque s'interrogeait jeudi sur le sens de la sortie de M. Erdogan. Avgi, proche du gouvernement, reprenait les termes du communiqué, "préoccupation et questions". Le quotidien libéral Kathimerini jugeait que l'interview "jetait une ombre" sur la visite. "Provocation dès le premier jour", remarquait Ta Nea (conservateur).

L'agence d'Etat ANA pour sa part mettait en avant les propos fermes du porte-parole, mais, citant des sources diplomatiques, continuait à souligner jeudi matin "l'extrême importance" de la visite de M. Erdogan.

Dans une interview à l'agence turque Anadolu mercredi, M. Tsipras avait vu dans la visite l'occasion pour les deux pays de "faire des pas en avant audacieux".

M. Erdogan devait commencer sa visite par un dépôt de gerbe à la tombe du soldat inconnu, place Syntagma. Tout le centre-ville d'Athènes était placé sous haute surveillance policière. Toute manifestation a été interdite.

Le président turc devait être ensuite reçu par son homologue grec Prokopis Pavlopoulos puis par M. Tsipras en début d'après-midi. Vendredi, il se rendra auprès de la minorité musulmane de Thrace, au nord de la Grèce.

La Turquie et la Grèce, qui ont ensemble rejoint l'Otan en 1952, sont deux acteurs incontournables dans plusieurs dossiers régionaux importants, comme les pourparlers interchypriotes.

L'île est coupée en deux depuis l'invasion en 1974 de sa partie nord par l'armée turque en réaction à un putsch visant à rattacher le pays à la Grèce. De nouvelles négociations ont échoué cette année.

Et les deux pays sont en première ligne de la crise migratoire qu'affronte l'Europe.

Les dirigeants de l'UE comptent sur la coopération d'Ankara pour continuer d'empêcher le passage de migrants et réfugiés vers les îles égéennes grecques, alors que les relations entre Ankara et l'Occident sont fortement tendues.

Cette coopération, dans le cadre d'un pacte conclu en mars 2016 entre l'UE et Ankara, a permis de réduire considérablement le flux migratoire vers l'Europe.

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