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06/12/2017 23:20 EST

Des milliers de personnes attendues samedi à Paris pour les droits des prisonniers basques

Quelque 10.000 manifestants sont attendus samedi à Paris à l'appel d'organisations et d'élus basques, point d'orgue d'un "tour de France des prisons" entamé dans le Sud-Ouest le mois dernier, pour alerter l'opinion sur le sort d'une soixantaine d'indépendantistes incarcérés en France.

"Nous demandons ni plus, ni moins l'application du droit commun pour les prisonniers basques", résume Jean-René Etchegaray, président de la Communauté d'agglomération Pays Basque et maire de Bayonne (sud-ouest), l'un des chefs de file de ce rassemblement demandant l'abrogation des "mesures d'exception".

"Dans les prisons, il se passe des choses qui ne sont pas conformes avec l'idée que nous avons d'une démocratie en Europe", renchérit le sénateur des Pyrénées-Atlantiques Max Brisson.

Le parlementaire devait visiter dès jeudi, aux côtés notamment du député européen écologiste José Bové, le centre de détention de Réau, à 50 kilomètres au sud-est de Paris, où sont incarcérés des représentants du Collectif des prisonniers basques.

Depuis Réau, des militants participeront ensuite à une marche de deux jours jusqu'à Paris, point de départ samedi d'une grande manifestation pour la "Paix en Pays basque".

Deux trains spéciaux ainsi que 65 cars ont été affrétés pour acheminer les manifestants venus des deux côtés des Pyrénées pour ce rassemblement soutenu par une quarantaine d'organisations et de nombreuses personnalités, du leader de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon à l'avocat Michel Tubiana, président d'honneur de la Ligue des droits de l'Homme, en passant par l'humoriste Guy Bedos.

- Sclérose -

Au coeur de leurs préoccupations, la situation des 314 prisonniers basques, dont 62 incarcérés en France, et des familles parfois obligées de parcourir des centaines de kilomètres pour rendre visite à leurs proches détenus loin de chez eux.

Ils étaient environ 700 au total fin 2011, mais de nombreuses peines sont arrivées à échéance.

"Ceux qui demeurent en prison se heurtent à de grandes difficultés. Ils souffrent d'un régime particulier: détention loin de leurs familles, refus quasi systématique de liberté conditionnelle et de libération en cas de maladie grave", déplore l'avocate Maritxu Paulus Basurco, qui défend nombre d'entre eux en France.

Et de citer le cas de l'Espagnol Ibon Fernandez Iradi, dit "Susper", 45 ans, incarcéré à Lannemezan (sud-ouest) et condamné à 30 ans de réclusion pour tentative de meurtre sur un gendarme. "Atteint d'une grave sclérose en plaques, il se voit refuser sa suspension de peine depuis 2013".

L'abrogation des mesures d'exception et le rapprochement des prisonniers de leurs familles constituent les deux grandes revendications des mouvements basques depuis que l'organisation séparatiste ETA a renoncé, en octobre 2011, à la lutte armée, prélude à la remise, le 8 avril dernier en France, de près de 3,5 tonnes d'armes, explosifs et matériels.

Mais sur les 62 détenus en France, 57 sont de nationalité espagnole et devront pour beaucoup accomplir d'autres peines en Espagne à leur libération en France, ce qui complique encore la donne.

"Il faut une volonté politique. Nous voulons influer sur Paris et, par ricochet, sur Madrid", qui refuse tout dialogue sur le sujet tant que l'ETA ne se sera pas dissoute, affirme à l'AFP Jean-Noël Etcheverry, l'un des organisateurs du "tour de France des prisons".

Surnommé "Txetx", ce militant basque altermondialiste est l'un des acteurs du "désarmement" de l'ETA, ce qui lui a valu d'être mis en examen avec quatre autres personnes pour "transport et détention d'armes en lien avec une entreprise terroriste".

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