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07/12/2017 16:08 EST

A Berlin, la noce est finie!

Le monde de la noce la révère: Berlin, capitale adulée des excentriques, des artistes et des touristes. Mais aussi d'une administration débordée, de transports saturés, d'écoles vétustes et d'une police au bord de la crise de nerfs.

Endettée jusqu'au cou, la capitale allemande est soumise au pain sec et à l'eau depuis quinze ans, au grand dam des Berlinois qui voient certains services publics péricliter.

Il est 5 heures, Berlin s'éveille. Les balayeurs entament leur tournée et Alichan Terbulatov grogne déjà contre l'administration de la capitale. "C'est vraiment pas sérieux! Je suis arrivé à une heure du matin" juste pour obtenir un acte de naissance, raconte ce Berlinois, père de trois enfants, posté devant la porte d'entrée des services d'état civil du quartier de Mitte, celui des ministères et du Parlement.

Comme lui, une quinzaine d'hommes battent la semelle en attendant la distribution de numéros qui leur permettront, de longues heures plus tard, d'obtenir ce précieux document administratif.

Car les fonctionnaires de l'état civil, en sous-effectif chronique pour cause de maladies longue durée et de manque de personnel, n'arrivent plus à répondre aux demandes.

"Il nous manque des fonctionnaires formés pour l'état civil. Parallèlement, les naissances ont beaucoup augmenté", admet, embarrassée, Sandra Obermeyer, conseillère municipale.

"Il ne faut pourtant pas plus d'une demi-heure de travail pour délivrer un acte de naissance!", tonne Omar Remmo, un autre père de famille arrivé lui aussi en pleine nuit. "On se demande pourquoi" ça prend un temps pareil, s'interroge-t-il en tirant déjà sur une énième cigarette.

- Petits cartons -

5h20. Le concierge du bâtiment administratif jette son manteau dans sa loge et distribue des petits cartons avec un numéro qu'il a lui-même découpés. Ceux qui sont arrivés les premiers pourront revenir deux heures plus tard pour obtenir un autre carton, officiel cette fois-ci, avec leur numéro d'ordre de passage.

Puis ils reviendront une troisième fois entre 9h30 et midi, et obtiendront alors un certificat de naissance.

Cette situation ubuesque dure depuis des mois. Pour les Berlinois, les conséquences peuvent être lourdes: pas de couverture maladie pour le bébé si un acte de naissance n'a pas été présenté dans les deux mois. Pas non plus d'allocations familiales.

Pour les certificats de décès, sans lesquels les enterrements ne peuvent théoriquement pas avoir lieu, la durée moyenne d'attente est de... 38 jours.

Quant aux mariages, des couples ont dû annuler le traiteur à la dernière minute, la mairie n'ayant pas pu leur donner à temps de rendez-vous pour se dire "oui".

"Berlin est une ville géniale, aux multiples visages et dynamique mais qui faillit dans certaines de ses missions fondamentales", déplore Maren Jasper-Winter, élue du Parti libéral FDP (opposition) au parlement local.

Depuis une quinzaine d'année, la ville, qui ploie sous 59 milliards d'euros de dette, a dû revoir son train de vie.

Dès 2001, son ancien maire, Klaus Wowereit, noceur notoire et père du slogan "Berlin, pauvre mais sexy", avait annoncé la couleur: "Faire des économies jusqu'à ce que ça grince."

Alors tous les budgets ont été rabotés. Avec pour la police et la justice des conséquences parfois lourdes: par manque de personnel, des dossiers sont négligés, des affaires classées, dénonce le président de l'Association des procureurs berlinois.

- Droit pas appliqué -

"L'état de la justice berlinoise est tel, en particulier au Parquet, que le Droit n'est plus appliqué", selon Ralph Knispel.

A Berlin, les policiers sont parmi les plus mal payés d'Allemagne et certains doivent cumuler les jobs pour s'en sortir.

La police berlinoise a été sévèrement mise en cause après l'attentat du marché de Noël de Berlin en décembre 2016. Son auteur, le Tunisien Anis Amri, dans le collimateur de la justice des mois avant son forfait, faisait l'objet d'une surveillance policière du lundi au vendredi. Mais ni le week-end, ni les jours fériés. Faute d'effectifs.

Héritage de ses 28 ans de division, la ville possède tout en double: opéras, orchestres philharmoniques, zoo...

Du temps de la partition, Berlin-Ouest vivait paisiblement grâce aux généreuses subventions versées par la RFA. Une manne qui s'est tarie avec les coups de pioche dans le Mur.

Berlin n'en reste pas moins solidement installée dans le peloton de tête des villes d'Europe les plus visitées.

Et plus de 400.000 personnes se sont installées sur les rives de la Spree depuis 2001, faisant vertigineusement grimper les loyers de cette capitale réputée pour sa qualité de vie.

"Or la Ville n'a pas préparé cette évolution importante", regrette Maren Jasper-Winter.

Les transports en commun sont souvent bondés car les lignes de métro manquent de wagons et les pannes de S-Bahn (trains inter-urbains) sont quotidiennes.

Des parents d'élèves dénoncent le délabrement de nombreuses écoles alors que la mairie a promis d'investir dans l'éducation. Un établissement a même récemment frôlé la catastrophe quand une partie du faux-plafond s'est effondrée en raison d'une fuite d'eau. Par chance, l'accident est arrivé lors des vacances scolaires.

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