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04/12/2017 02:22 EST

Russie/corruption: dix ans de camp requis contre un ex-ministre

Le parquet russe a requis lundi dix ans de camp à régime sévère contre l'ex-ministre russe de l'Economie Alexeï Oulioukaïev, accusé de corruption, a rapporté une journaliste de l'AFP présente dans la salle d'audience.

"Je demande qu'Alexeï Oulioukaïev soit reconnu coupable et condamné à dix ans de camp à régime sévère" et à une amende de 500 millions de roubles (environ 7 millions d'euros), a déclaré le procureur Boris Neporojny.

Il s'agit du responsable gouvernemental le plus haut placé arrêté et traduit en justice en Russie depuis l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine il y a 17 ans.

Ministre de l'Economie entre 2013 et 2016, Alexeï Oulioukaïev, 61 ans, est accusé d'avoir exigé deux millions de dollars au puissant patron du géant pétrolier Rosneft, Igor Setchine, proche de M. Poutine, en échange d'une autorisation pour la vente à Rosneft de la part de l'Etat dans le producteur pétrolier Bachneft.

"La culpabilité du prévenu en ce qui concerne l'obtention d'un pot-de-vin est entièrement prouvée", a affirmé le procureur.

Arrêté en novembre 2016, M. Oulioukaïev a été pris en flagrant délit en train de recevoir un pot-de-vin, selon les enquêteurs.

Assigné à résidence depuis son arrestation, Alexeï Oulioukaïev nie les allégations et affirme avoir cru que le sac de 22 kg qui lui avait été remis contenait du vin haut de gamme.

"Bien sûr, le prévenu savait que le sac contenait de l'argent (...) et il a personnellement pris ce sac avec le pot-de-vin de deux millions de dollars qui lui était destiné", assure pour sa part le procureur Boris Neporojny, en qualifiant d'"absurdes" les explications de M. Oulioukaïev.

- 'Un coq en pâte' -

"Le prévenu a abusé de son pouvoir pour extorquer un pot-de-vin, et il a ainsi déshonoré les autorités russes et miné la confiance placée en elles", a souligné M. Neporojny, en estimant qu'Alexeï Oulioukaïev "non seulement n'avait pas de difficultés financières, mais vivait comme un coq en pâte".

De son côté, Timofeï Gridnev, l'avocat de M. Oulioukaïev, a demandé au tribunal d'acquitter l'ancien ministre.

"M. Oulioukaïev ne pouvait pas extorquer un pot-de-vin de M. Setchine pour son feu vert à la privatisation de Bachneft", a-t-il assuré, en soulignant que son client n'avait pas le pouvoir de prendre une décision quelconque sur cette privatisation et ne pouvait donc influencer l'affaire d'aucune façon.

L'arrestation surprise fin 2016 de l'ex-ministre dans les locaux de Rosneft avait provoqué une onde de choc dans les milieux libéraux russes.

Si de hauts fonctionnaires tombent régulièrement pour des affaires de corruption médiatisées, il s'agissait de la première interpellation d'un ministre en exercice depuis la fin de l'URSS.

M. Oulioukaïev s'était longtemps opposé à la vente de la part de Bachneft à Rosneft, mais celle-ci avait fini par aboutir après avoir reçu le soutien de Vladimir Poutine.

Cette opération avait constitué la plus grosse cession d'actifs réalisée en 2016 par l'Etat russe, qui souhaitait ainsi renflouer son budget plombé par l'effondrement des cours du pétrole.

Tout en clamant son innocence, Alexeï Oulioukaïev ne cesse d'accuser Igor Setchine de l'avoir piégé.

Convoqué à plusieurs reprises en tant que témoin, M. Setchine ne s'est jamais présenté à l'audience.

Ancien chef de l'administration présidentielle, Igor Setchine côtoie Vladimir Poutine depuis les années 1990. Il est considéré comme l'artisan de la transformation de Rosneft, une modeste société publique, en une multinationale par des coups boursiers mais aussi grâce à des décisions judiciaires controversées.

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