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04/12/2017 07:44 EST

Le Portugais Mario Centeno élu président de l'Eurogroupe

Les ministres des Finances des 19 pays ayant adopté la monnaie unique, l'Eurogroupe, ont élu lundi à leur tête le Portugais Mario Centeno, membre d'un gouvernement socialiste, qui sera chargé de mener à bien le lourd chantier de la réforme de la zone euro.

M. Centeno, qui faisait figure de favori, a été élu par ses pairs au deuxième tour de scrutin face au libéral luxembourgeois Pierre Gramegna.

Les deux autres prétendants, la Lettonne de centre-droit Dana Reizniece-Ozola et le social-démocrate slovaque Peter Kazimir se sont désistés à l'issue du premier tour.

Elu pour deux ans et demi, le chef de l'Eurogroupe préside les réunions mensuelles des ministres, dont l'objectif principal est d'assurer la coordination des politiques économiques nationales.

Il fait partie de ceux dont la voix compte à Bruxelles, aux côtés des présidents de trois grandes institutions de l'UE: Jean-Claude Juncker (Commission), Donald Tusk (Conseil), Antonio Tajani (Parlement) et de la cheffe de la diplomatie Federica Mogherini.

- Lapsus -

Le Portugais Mario Centeno, qui s'est présenté lundi en "candidat du consensus", était le grand favori pour succéder au président actuel, le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem, contraint de céder la place après deux mandats, à cause de la débâcle de son parti aux dernières élections législatives aux Pays-Bas.

M. Dijsselbloem a d'ailleurs vendu la mèche avant le vote lundi, déclarant apparemment involontairement que M. Centeno lui succéderait à l'issue de son mandat le 13 janvier, avant de se reprendre tout sourire: "J'ai dit Centeno ? Alors j'ai fait un lapsus. Bien sûr, je n'en sais rien, mais apparemment c'est dans ma tête".

Le Portugais bénéficiait du soutien de l'Espagne ("affinité ibérique"), de l'Italie et de la Grèce, le Premier ministre de gauche Alexis Tsipras ayant jugé ce week-end cette candidature "pleine d'espoir".

Le chef du gouvernement portugais Antonio Costa semblait confiant avant le vote: "Au cours de nos contacts préalables, nous avons pu confirmer que la candidature portugaise est considérée comme adéquate par des gouvernements de différentes régions d'Europe et de différentes familles politiques".

Novice en politique lors de son entrée au gouvernement socialiste du Portugal en 2015, M. Centeno, un professeur d'économie de 50 ans sans étiquette et parfois décrit comme un centriste ou un libéral, est vite devenu un des poids lourds de l'exécutif portugais.

Les socialistes avaient clairement revendiqué le poste de président de l'Eurogroupe afin de maintenir un équilibre entre la gauche et la droite à la tête des principales institutions européennes.

- 'Premier rendez-vous' -

Le Slovaque Peter Kazimir, un social-démocrate de 49 ans, bénéficiait du même atout. Mais son anglais pas toujours parfait, son inflexibilité au moment de la crise grecque et "l'impression mitigée" laissée lorsque son pays a présidé l'Union européenne au deuxième semestre 2016 pourraient avoir joué en sa défaveur.

Ce vote, "c'est comme aller à un premier rendez-vous avec une vieille amie sans savoir si on va l'embrasser ou rester amis", a-t-il twitté dans l'après-midi. Il est donc resté seulement ami.

La Lettonne Dana Reizniece-Ozola, 36 ans, une joueuse d'échecs de haut-niveau apparentée à un parti populiste de centre-droit, était peu connue à Bruxelles

Quant au Luxembourgeois Pierre Gramegna, un ancien diplomate issu d'un parti libéral, ses réticences à une plus grande intégration fiscale dans l'UE l'ont sans doute handicapé.

"J'espère qu'il n'y aura pas de calculs politiques entre le PPE (la droite, qui n'a pas présenté de candidat, ndlr) et les camarades (socialistes)", avait ironisé lundi à Bruxelles son Premier ministre Xavier Bettel.

M. Centeno devra conduire les travaux pour la réforme de la zone euro, sur laquelle les Etats membres se penchent depuis plusieurs mois.

Une discussion, qui associera l'ensemble des ministres des Finances de l'UE, à l'exception du Royaume-Uni, est d'ailleurs programmée dès lundi soir après l'élection.

Achèvement de l'Union bancaire, "capacité budgétaire" pour la zone euro ou encore simplification des règles budgétaires européennes: les ministres feront un nouveau point sur ces questions qui les divisent avant un sommet de l'UE à Bruxelles le 15 décembre.

zap/agr/lpt