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04/12/2017 02:39 EST

Dopage/JO-2018: la Russie, un poids-lourd au sein du mouvement sportif

Nation phare du mouvement sportif et olympique international, la Russie, sous la menace d'une suspension des jeux Olympiques d'hiver 2018 à Pyeongchang (Corée du Sud), compte de nombreux relais au sein des Fédérations internationales, un poids qui ne sera pas négligeable dans la décision du CIO mardi.

Accusée d'avoir organisé un dopage d'État, notamment lors des JO-2014 à Sotchi, la Russie saura mardi soir si ses sportifs seront autorisés à se rendre aux JO-2018 à Pyeongchang du 9 au 25 février sous les couleurs russes, ou si le Comité international olympique leur impose une bannière neutre.

En coulisses, la Russie s'active pour éviter une suspension et voir ses athlètes obligés de concourir sous drapeau neutre, ce qui serait pour elle un énorme camouflet.

"La Russie est l'un des trois pays les plus importants au monde dans le sport, avec les États-Unis et la Chine. Après la Seconde guerre mondiale, (cette présence) ce n'était pas seulement sur le terrain, mais aussi dans les fédérations et au CIO", estime l'ex-patron de l'Agence mondiale antidopage (AMA), le Canadien Dick Pound, auteur d'un rapport sur le dopage dans l'athlétisme russe.

"Il faut avoir à l'esprit qu'il y a une compétition internationale, pas simplement en termes de puissance sportive à travers des athlètes, mais au travers du contrôle des institutions sportives internationales. Les modalités de lobbying sont différentes", note le chercheur Patrick Clastres, professeur à l'Université de Lausanne.

- 'Plus l'époque du bloc de l'Est' -

Si les États-Unis ont investi le champ du sponsoring (six des treize principaux sponsors du CIO sont des entreprises américaines), la Russie s'est placée sur celui des Fédération internationales, situation encore plus affirmée dans les sports d'hiver.

Sur les sept fédérations des sports olympiques d'hiver (biathlon, ski, hockey, patinage, bobsleigh/skeleton, curling et luge), six comptent un membre russe soit comme vice-président, soit comme membre du conseil.

Ainsi, pour le biathlon, le premier vice-président est Russe, Victor Maygurov. Et alors que la première partie du rapport McLaren a été publiée en juillet 2016, et a avancé les premiers éléments d'un dopage d'État dans le sport russe, y compris le biathlon, l'IBU a attribué deux mois plus tard les Championnats du monde 2021 à la ville de Tioumen en Sibérie occidentale, puis est revenue sur sa décision en février 2017.

Les appels à la suspension de la Russie se sont multipliés depuis septembre. Face au risque, la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF) a adopté à l'unanimité en Conseil une déclaration s'opposant à une punition collective.

L'IIHF fait déjà face à l'absence très préjudiciable des hockeyeurs de la NHL (ligue nord-américaine), et pourrait voir la ligue russe (KHL, le 2e plus grand championnat au monde) rajouter volontairement des dates à son calendrier pendant les Jeux, si les hockeyeurs russes étaient empêchés d'une façon ou d'une autre de se rendre en Corée.

Jusqu'où peut aller la Russie, si elle refuse une éventuelle participation aux Jeux de Pyeongchang sous drapeau neutre?

"La capacité de nuisance de la Russie est faible. Si elle décide de boycotter les Jeux d'hiver, il y a une longue tradition de neige et de glace en Russie mais ça ne changera pas grand-chose aux Jeux en Corée du Sud. On n'est plus à l'époque du bloc de l'Est", estime Patrick Clastres.

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