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03/12/2017 20:45 EST

Aider les victimes du séisme, une leçon de vie pour les jeunes Haïtiens

Volontaires de Port-au-Prince et jeunes des collines de la commune de Cabaret préparent le ciment, installés entre la paroi en bois de la nouvelle maison de M. Saint-Félix et le mur en boue craquelée du fragile logement où le sexagénaire survit depuis 2010.

"Ça n'est pas une maison, c'est comme être dehors parce que le vent et la pluie entrent ici comme ils veulent", raconte d'une voix faible Pierre Salnave Saint-Félix. "Regardez l'état des murs aujourd'hui alors qu'un ami est venu les refaire il n'y a pas même deux mois: c'est une lutte interminable", confie l'homme de 62 ans en effleurant du bout des doigts la paroi déformée.

Atteint d'un glaucome en 2001, M. Saint-Félix est devenu aveugle faute de pouvoir payer les frais de chirurgie. Incapable de continuer son petit élevage, sa vie a tourné au cauchemar avec le séisme de janvier 2010 qui a ravagé l'île et fait plus de 200.000 morts.

Sa maison détruite, il n'a eu comme solution que de s'installer un peu plus haut sur la montagne, dans cet abri menacé par les averses.

Priorisant la survie de sa fille et de ses trois petits-enfants, qui partagent la maigre natte jetée sur le sol en terre, l'état de santé de Pierre Salnave Saint-Félix se dégrade.

Il perd jour après jour l'usage de ses jambes. Mais entendre les jeunes qui mélangent le ciment à quelques mètres lui redonne espoir.

Dans les hameaux enclavés des montagnes d'Haïti, l'organisation internationale Techo s'active pour permettre aux familles les plus vulnérables, comme les Saint-Félix, d'avoir un logement décent.

- Sans attendre le gouvernement -

L'ONG, qui travaille dans 19 pays du continent américain et des Caraïbes, a adapté son modèle de construction légère pour faire face à la pauvreté extrême des familles haïtiennes.

"Techo travaille en construisant des maisons provisoires, que les communautés peuvent améliorer dans le futur, mais on sait qu'ici en Haïti, ces logements de transition sont quelque chose qui sera finalement permanent", explique Pablo Bocco, directeur de Techo en Haiti.

"On fait donc un sol en ciment, la structure est évidemment para-cyclonique et para-sismique et aussi le bois utilisé est traité contre les termites. C'est un modèle un peu plus grand que ceux construits dans d'autres pays et ici, on a ajouté une galerie devant parce que, socialement, c'est quelque chose que les Haïtiens apprécient", dit-il en souriant.

L'organisation met aussi un point d'honneur à ce que, selon leurs capacités, les bénéficiaires participent à la construction de leur futur logement.

"On aime responsabiliser les communautés. On leur dit : +il ne faut pas attendre que le gouvernement fasse quelque chose, alors qu'en se mettant ensemble, on peut trouver une solution+", raconte Pablo Bocco.

Ainsi, le fils de Pierre Salnave Saint Félix remplit des seaux de ciment qui sont emportés par des jeunes volontaires venus de Port-au-Prince.

- Apprendre le respect -

"Je n'ai pas d'argent à offrir pour aider ces gens, mais je peux travailler avec eux: leur vie ne va pas changer radicalement, mais ça fait un petit progrès", témoigne Pierre Delusma, volontaire auprès de Techo depuis déjà deux ans.

"Aucun pays n'est mauvais, ce sont les dirigeants qui dirigent mal et aussi les habitants qui ne sont pas bons: voyez à nous tous, en deux jours, on a construit une maison", déclare fièrement l'étudiant en technique informatique, devenu chef de chantier pour un week-end.

Depuis 2010, 2.500 familles haïtiennes ont été relogées grâce ce programme. Sur les hauteurs de Cabaret, dix nouvelles petites maisons en bois viennent de faire leur apparition. Mais l'impact du chantier s'étend jusque dans la capitale, à une trentaine de kilomètres.

"Après le temps passé au sein d'une communauté, en revenant chez moi, j'ai un meilleur comportement. Vivre ces expériences, ça nous permet de ne plus humilier des gens, de respecter davantage les autres et donc vivre mieux", témoigne Pierre Desulma.

"Pour moi, ce clivage +gens de la ville et gens en dehors+ n'a pas de raison d'être: on est tous des hommes", affirme l'étudiant, qui se désole du temps qu'il va devoir attendre avant le lancement du prochain chantier dans les montagnes.

amb/elc/ple