NOUVELLES
02/12/2017 05:49 EST

Yémen: l'alliance entre les factions rebelles a du plomb dans l'aile

L'alliance entre les deux composantes de la rébellion semble avoir volé en éclats samedi au Yémen après quatre jours d'affrontements meurtriers et une ouverture de l'ex-président Ali Abdallah Saleh qui s'est dit prêt à "tourner la page" avec l'Arabie saoudite.

De violents affrontements se sont poursuivis samedi dans la capitale yéménite Sanaa entre ces factions de la rébellion, les Houthis pro-iraniens dénonçant un "coup de force" de leur allié, M. Saleh, qui a fait des appels du pied aux Saoudiens, ennemis jurés des Houthis.

Les combats entre les deux camps, qui contrôlent la capitale Sanaa depuis plus de trois ans, ont fait des dizaines de morts et de blessés depuis mercredi, sans qu'il soit possible de donner un bilan précis.

Les deux groupes armés se sont affrontés pour le contrôle de positions-clés à Sanaa samedi, y compris des ministères et l'aéroport international, selon des sources sécuritaires et des témoins. En fin de journée, la capitale avait l'allure d'une "ville fantôme", selon un habitant.

Ces violences pourraient entraîner l'ouverture d'un nouveau front dans ce pays pauvre de la péninsule arabique, ravagé par la guerre et qui connaît la "pire crise humanitaire" de la planète, selon les Nations unies.

"J'appelle nos frères dans les pays voisins (...) à arrêter leur agression et à lever le blocus (...) et nous tournerons la page", a dit M. Saleh à la télévision, en référence à l'Arabie saoudite.

Ryad a lancé en mars 2015 une campagne militaire contre les Houthis et leurs alliés pour les empêcher de prendre le contrôle de tout le territoire yéménite et a récemment renforcé le blocus sur le pays après un tir de missile des Houthis vers la capitale saoudienne.

"Nous promettons à nos frères et voisins que dès qu'un cessez-le-feu sera en place et que le blocus sera levé, nous dialoguerons directement via l'autorité légitime représentée par notre parlement", a ajouté M. Saleh.

Cette initiative a été accueillie favorablement par l'Arabie saoudite qui était en froid avec M. Saleh depuis 2012 et qui accuse les Houthis d'être armés par son grand rival régional l'Iran.

La coalition sous commandement saoudien a estimé que la démarche de l'ex-président "libérera le Yémen" des "milices loyales à l'Iran".

Les Emirats arabes unis, autre pays-clé de la coalition, ont aussi salué les développements de samedi. Dans un tweet, le ministre d'Etat aux Affaires étrangères Anwar Gargash a parlé du "soulèvement de Sanaa" qui pourrait ramener "le peuple yéménite à son environnement arabe".

Comme Ryad, Abou Dhabi est farouchement hostile à "l'expansionnisme iranien" au Moyen-Orient.

- 'Coup de force' -

Mais les déclarations de M. Saleh ont provoqué la colère de l'autre composante de la rébellion qui a dénoncé un "coup de force" contre leur alliance.

"Le discours de Saleh est un coup de force contre notre alliance et notre partenariat (...) et révèle l'imposture de ceux qui affirment lutter contre l'agression" saoudienne, a déclaré un porte-parole des Houthis.

Plus tard, une déclaration du bureau politique d'Ansarullah, le mouvement des Houthis, a noté qu'il n'était "ni bizarre, ni surprenant que Saleh quitte une alliance en laquelle il n'a jamais cru".

Pendant ses 33 ans au pouvoir, M. Saleh, 75 ans, a combattu à six reprises les Houthis, issus de l'importante minorité zaïdite (branche du chiisme) très présente dans le nord du Yémen.

Plus tôt, dans une intervention télévisée, Abdelmalek Al-Houthi, chef des rebelles, avait exhorté Ali Abdallah Saleh à "revenir à la raison" et averti que "l'Etat pourrait avoir à imposer l'ordre".

M. Saleh a de son côté accusé les Houthis d'avoir "déclenché la guerre".

Les deux camps sont pourtant officiellement alliés depuis qu'ils se sont emparés de Sanaa en septembre 2014, poussant le gouvernement reconnu par le communauté internationale à prendre la fuite.

Ils dirigeaient jusqu'ici un gouvernement parallèle dans la capitale, tout en étant en désaccord depuis plusieurs mois sur le partage du pouvoir.

Les Houthis sont soutenus par l'Iran qui nie cependant leur fournir le moindre appui militaire.

M. Saleh a dû quitter le pouvoir en 2012 à la suite d'importantes manifestations.

Le conflit au Yémen a fait plus de 8.750 morts et 50.600 blessés, dont de nombreux civils, depuis mars 2015. Sept millions de personnes ont besoin d'une aide alimentaire d'urgence.

bur/ny/ras/nbz