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01/12/2017 21:00 EST

USA: nuit de votes au Sénat sur la réforme de la fiscalité

Le Sénat américain votait dans la nuit de vendredi à samedi sur le projet républicain de baisse d'impôts et de réforme de la fiscalité, une grande promesse électorale du président Donald Trump sur le point de franchir un cap crucial.

Alors que l'actualité américaine est dominée par l'inculpation surprise de l'ancien conseiller présidentiel Michael Flynn dans l'enquête sur la Russie, les sénateurs américains ont entamé tard vendredi une série de votes sur des amendements à la réforme fiscale, dont la dernière mouture avait été dévoilée quelques heures auparavant par la majorité.

Le texte a fait l'objet de marchandages toute la journée, en coulisses, au sein du camp républicain. Une réécriture de tout le code des impôts dénoncée comme opaque par l'opposition démocrate, scandalisée de n'avoir pas eu le temps de lire les près de 500 pages du texte.

Mais les chefs républicains étaient sûrs du succès du vote final, qui pourrait n'intervenir qu'au coeur de la nuit. Un seul sénateur républicain, Bob Corker, a annoncé son opposition. Ce n'est pas assez pour torpiller la réforme, qui à moins d'un coup de théâtre passera donc l'étape du Sénat samedi.

Peu avant une heure du matin samedi (06H00 GMT), les sénateurs avaient rejeté cinq motions démocrates ainsi qu'un amendement proposé par le républicain Marco Rubio, et adopté un amendement déposé par Ted Cruz. On ignorait combien d'amendements au total seraient soumis à un vote; ce type de "marathon" a dans le passé duré jusqu'au petit matin.

Pour le locataire de la Maison Blanche, c'est la priorité des priorités, après l'échec de l'abrogation de la loi sur la santé de Barack Obama. Baisser les impôts est selon lui la clé d'une croissance plus robuste... et du maintien de sa majorité au Congrès lors des élections de novembre 2018.

Il y a 52 sénateurs républicains sur 100 sièges, et la majorité n'a donc droit qu'à deux défections, tous les démocrates étant opposés.

Finalement, l'impôt sur les sociétés devrait bien être réduit à 20% (contre 35% aujourd'hui), alors qu'une poignée de conservateurs s'étaient inquiétés du coût pour les finances publiques.

Plusieurs élus républicains qui menaçaient de faire défection sont rentrés dans le rang depuis jeudi, notamment John McCain.

"Je suis heureux d'annoncer que je voterai en faveur de la réforme de la fiscalité", a annoncé un autre, Jeff Flake, qui dit avoir obtenu comme pris de son ralliement un engagement de la majorité et de la Maison Blanche à collaborer pour régulariser des centaines de milliers de jeunes clandestins.

- Articles controversés -

De son côté, le dissident Bob Corker, élu du Tennessee, a expliqué qu'il ne pouvait pas cautionner une baisse d'impôts qui creuserait les déficits publics de 1.000 milliards de dollars sur la prochaine décennie. Il a échoué à convaincre ses collègues de modérer la gigantesque baisse de l'impôt sur les sociétés.

"Je suis déçu, j'aurais voulu voter oui", a-t-il déclaré. "Mais je ne peux balayer mes principes budgétaires et voter en faveur d'une loi qui alourdirait la dette que les futures générations devront rembourser".

La Chambre des représentants a déjà adopté un projet de réforme fiscale le 16 novembre. Si le Sénat adopte sa version, les deux chambres devront harmoniser leurs textes et revoter, avec un objectif fixé à la fin de l'année.

Les républicains sont relativement soudés sur l'architecture de la réforme: une forte baisse d'impôts pour les entreprises et pour les particuliers, ainsi qu'une grande simplification fiscale qui permettrait aux Américains de remplir leur déclaration d'impôts sur une "carte postale", alors qu'aujourd'hui des millions de contribuables utilisent des logiciels payants ou des comptables pour remplir leurs feuilles d'impôts.

Certains volets de la réforme sont controversés, notamment la suppression de l'obligation de souscrire une assurance maladie, et l'ouverture de terres protégées de l'Alaska aux forages pétroliers.

Les démocrates commençaient également à passer au peigne fin le texte afin d'identifier tel ou tel avantage fiscal ajouté in extremis sous pression de lobbyistes, accusent-ils.

"Si ce n'est pas la meilleure manière d'arnaquer la classe moyenne et d'agrandir les niches fiscales pour les riches, je ne sais pas ce que c'est", a déclaré le chef de l'opposition, Chuck Schumer.

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