NOUVELLES
02/12/2017 11:18 EST | Actualisé 02/12/2017 13:02 EST

Les journalistes ont joué un rôle crucial à la suite de l'explosion de Halifax

HALIFAX — La puissante explosion qui a dévasté Halifax il y a 100 ans a mis à l'épreuve tous ceux qui lui ont survécu, dont une poignée de journalistes qui ont été les premiers à rapporter la catastrophe au reste du monde.

«Leurs écrits ont stimulé la remarquable intervention des secours qui ont déferlé sur la ville non seulement en provenance de la Nouvelle-Écosse et du Canada, mais aussi des États-Unis», affirme Michael Dupuis, l'auteur du livre «Bearing Witness: Journalists, Record Keepers and the 1917 Halifax Explosion», qui vient tout juste d'être publié chez la maison d'édition Fernwood Book.

La déflagration du 6 décembre 1917, la plus importante à avoir été causée par l'être humain avant l'ère de la bombe atomique, s'est produite à la suite d'une collision dans le port de Halifax entre le navire de munitions français Mont-Blanc et le vaisseau norvégien «Imo».

Le livre de M. Dupuis relate les efforts d'une vingtaine de reporters, dont James Hickey, le chef du bureau de La Presse canadienne, pour répandre la nouvelle.

L'auteur confie avoir voulu rendre hommage au travail de ces journalistes, mais aussi découvrir comment cette incroyable histoire avait été traitée. Il soutient que la contribution des représentants de la presse écrite a été essentielle à une époque où les stations de radio n'existaient pas encore.

Le désastre, qui a fait 2000 morts et 9000 blessés, a notamment permis à La Presse canadienne, qui n'avait alors que trois mois d'existence, de faire ses preuves.

«Elle ne s'était pas encore fait les dents sur une vraie grosse histoire», commente Michael Dupuis au sujet de l'agence de presse nationale.

M. Hickey, qui était aussi rédacteur en chef du Halifax Chronicle et correspondant pour The New York Times, se trouvait dans les bureaux du Chronicle sur la rue Grainville dans le centre-ville de Halifax lorsque l'explosion a fracassé une porte en verre près de lui, le blessant à la main et au bras gauche.

«Sa première réaction a été de sortir la nouvelle et, en moins de 30 minutes, il a trouvé une ligne télégraphique fonctionnelle et envoyé l'alerte qui s'est retrouvée à l'Associated Press, à New York», explique M. Dupuis.

Les premiers 100 mots du reporter âgé de 48 ans ont été suivis par un compte rendu de 2500 mots écrit pour La Presse canadienne. Fournissant une description très précise de la catastrophe, l'article a été publié partout au pays et repris par l'Associated Press aux États-Unis.

A. B. Coffin, l'éditeur du quotidien de Truro, en Nouvelle-Écosse, a également joué un rôle crucial après avoir été informé de la situation par un appel de La Presse canadienne.

Une fois sa propre alerte publiée, M. Coffin a sauté dans un taxi afin de se rendre à Halifax, un périple qui a duré trois heures.

Selon l'auteure et historienne Janet Maybee, le journaliste a également avisé le maire de Truro de ce qui venait de se passer, ce qui a poussé le politicien à réunir une équipe de médecins, infirmières et pompiers qui a pris le chemin de Halifax par train.

D'autres reporters locaux ont également repoussé les limites de leur devoir professionnel pour rapporter la nouvelle, indique Michael Dupuis. L'un d'entre eux, Jack Ronayne, un journaliste pour le Daily Echo, a même perdu la vie en faisant son travail.

Après avoir appris qu'un navire brûlait dans le port, M. Ronayne a décidé d'enquêter. Il venait de traverser le pont du chemin de fer et se trouvait à environ 300 mètres du Mont-Blanc lorsque ce dernier a explosé.

M. Dupuis poursuit en disant que le reporter avait été plus tard retrouvé en train de gémir dans un fossé et souffrant d'horribles blessures au visage. Il est décédé peu de temps après.

Même si Jack Ronayne n'a pas pu écrire un seul mot sur la tragédie, l'auteur estime que son histoire est importante puisqu'elle rappelle les risques que comportent les reportages sur les catastrophes.