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30/11/2017 20:45 EST

Une nouvelle formule du fameux "Notre Père" dans les églises de France

Dans les nefs de France résonnera ce week-end le "Notre Père", la plus célèbre des prières chrétiennes, dans une nouvelle version qui devrait s'étendre à moyen terme à toutes les églises du monde francophone.

Fini "et ne nous soumets pas à la tentation" à l'avant-dernier verset, qui pouvait suggérer que les fidèles étaient poussés au péché par leur Dieu. Place désormais à "et ne nous laisse pas entrer en tentation". Une légère retouche qui a fait couler beaucoup d'encre, et même suscité un brin de polémique théologique chez la fille aînée de l'Eglise.

Adoptés par la commission d'évêques chargée des traductions liturgiques pour les pays francophones, les trois petits mots qui changent ont été aussi ratifiés par la principale Eglise protestante française.

Plusieurs conférences épiscopales catholiques, dont celles du Bénin et de Belgique, ont précédé le mouvement dès la Pentecôte, en juin. Et même en France, nombre de paroisses ont déjà introduit la nouvelle formule, tablant sur une longue période de transition pour faire entrer dans les moeurs cette modification d'une des rares prières récitées de mémoire.

La nouvelle formulation, qui érige plutôt le Créateur en protecteur bienveillant, sera dite dans toute célébration catholique en France à partir du 3 décembre, premier dimanche de l'Avent, qui ouvre l'année liturgique.

L'ancienne formule était récitée depuis près d'un demi-siècle, mais une nouvelle traduction en français de la Bible liturgique, publiée en 2013, a été l'occasion de changer le texte.

Pour autant, c'est la publication du nouveau missel romain, prévue pour 2019, qui gravera dans le marbre l'usage de la nouvelle version pendant les célébrations. Mais nombre de pays anticipent le mouvement pour la prière la plus récitée avec le "Je vous salue Marie".

Le monde compte environ 2,18 milliards de chrétiens, formant le premier groupe religieux devant les musulmans, selon une étude publiée en 2017 par le centre de recherche américain Pew.

L'ancienne formule, de 1966, fruit d'un compromis oecuménique dans la foulée du concile Vatican II, n'a jamais fait l'unanimité. Dieu peut-il soumettre ses enfants à la tentation, domaine réservé du diable? Le théologien protestant Jacques Ellul jugeait cette thèse absurde, quand d'autres croyants, notamment dans les rangs catholiques, y voyaient un présupposé quasi blasphématoire.

- Interprétation "ambiguë" -

"En soi, la traduction n'était pas fausse, mais l'interprétation était ambiguë", arbitre Mgr Guy de Kerimel, chargé du dossier au sein de l'épiscopat français. Fidèle au texte grec des évangélistes Matthieu et Luc, sinon à la manière - incertaine - dont Jésus aurait prononcé ces mots dans sa langue araméenne, l'ancienne formule pouvait contredire l'esprit des Ecritures.

La nouvelle formulation n'a pas non plus que des adeptes. Pour le Conseil national des évangéliques de France (Cnef), elle évite certes mieux l'idée que le Créateur "serait responsable de la tentation, mais elle édulcore la souveraineté de Dieu". "Dieu permet que nous soyons tentés", soutient aussi l'abbé catholique traditionaliste Guillaume de Tanoüarn, pour qui "le salut est une lutte" et ne relève pas du "monde des bisounours métaphysiques".

L'animateur-philosophe Raphaël Enthoven a, lui, fait l'hypothèse sur la radio française Europe 1 que si le mot "soumets" disparaissait, c'est que l'Eglise voulait "se prémunir contre toute suspicion de gémellité" avec l'islam qui, "dit-on, signifie soumission". Soupçon "triste et ridicule", a cinglé le porte-parole des évêques de France, Mgr Olivier Ribadeau Dumas. Le chroniqueur a sans tarder fait son "mea culpa", présentant ses "excuses plates aux gens de bonne volonté, nombreux, qui prient du fond du coeur et ne connaissent pas la haine".

L'Eglise espère pour sa part que la modification opérée sera "l'occasion pour les chrétiens de se réapproprier" le "Notre Père". Une prière dans laquelle Mgr de Kerimel voit "une réponse au déficit de fraternité de nos sociétés".

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