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01/12/2017 05:00 EST

Le TPIY ouvre une enquête interne sur le suicide en direct de Slobodan Praljak

Au surlendemain du spectaculaire suicide en direct de Slobodan Praljak dans sa salle d'audience, le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) a ouvert vendredi une enquête interne sur la mort du Croate de Bosnie qui a bu du "poison", selon son avocat, sous le nez des juges.

Indépendante, l'enquête du tribunal démarrera la semaine prochaine "pour compléter l'enquête néerlandaise en cours" menée par le parquet de La Haye, sollicité par le tribunal après le dramatique incident qui a provoqué la stupeur dans ses couloirs feutrés.

Alors que le TPIY rendait mercredi son ultime jugement, Slobodan Praljak s'est soudainement donné la mort à l'aide d'une fiole de poison. Il venait de recevoir confirmation de sa condamnation à 20 ans de prison pour des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.

Deux jours plus tard, on ignore toujours comment l'accusé a bien pu se retrouver en possession de cette fiole et braver tous les contrôles de sécurité érigés entre sa cellule et la salle d'audience. L'enquête du parquet de La Haye est suspendue à une autopsie, "la plus haute priorité" selon le parquet, et à un examen toxicologique du corps.

"Il y a une nécessité impérieuse de comprendre comment ce poison a bien pu arriver au tribunal", a affirmé auprès de l'AFP Céline Bardet, juriste internationale qui a exercé au TPIY.

- Deux enquêtes pour des réponses -

"Il faut répondre à ces questions, car forcément cela jette la suspicion sur une +complicité+, avec beaucoup de guillemets, au sein du staff" du centre de détention de Scheveningen où sont détenus les accusés jugés par le TPIY, selon la juriste.

Pour essayer de comprendre ce qui a bien pu se passer, "le greffier du TPIY a lancé ce matin une enquête indépendante axée sur les opérations internes du TPIY, conformément aux procédures habituelles. Elle sera menée par le juge Hassan Jallow et débutera la semaine prochaine", a annoncé le tribunal dans un communiqué.

Son but est d'"évaluer les procédures existantes et de faire des recommandations qui pourraient aider d'autres tribunaux à l'avenir".

Il s'agit de permettre d'éviter la répétition de ce genre d'incident, survenu lors du prononcé du jugement en appel contre six anciens dirigeants et chefs militaires des Croates de Bosnie, notamment condamnés pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité durant le conflit croato-musulman (1993-1994) qui a éclaté durant la guerre en Bosnie (1992-1995).

- 'Aide au suicide' -

Debout, face à ses juges, M. Praljak avait déclaré d'une voix forte, en parlant de lui à la troisième personne: "Slobodan Praljak n'est pas un criminel de guerre, je rejette avec mépris votre verdict", puis avait avalé le contenu de sa fiole, provoquant la stupeur dans la salle d'audience.

"Personne ne l'a tué, il s'est suicidé. Je suis triste mais je comprends et respecte son acte", a confié à l'agence de presse croate Hina une des avocats du défunt, Nika Pinter, dans l'avion qui la ramenait des Pays-Bas à Zagreb.

"Je n'ai jamais pensé qu'il pourrait faire une telle chose, mais je comprends car c'est un homme honorable qui ne pouvait pas vivre avec une condamnation le qualifiant de criminel de guerre et sortir menotté de la salle d'audience", a-t-elle poursuivi, précisant qu'elle ignorait tout du plan macabre de son client et qu'au cours de leurs entretiens avant l'énoncé du verdict, M. Praljak n'avait en rien laissé supposer qu'il se suiciderait.

Mais dès le début, l'enquête jugée exceptionnelle diligentée par le parquet néerlandais s'est orientée sur "l'aide au suicide et la violation" de la réglementation sur les substances médicales.

Quant au TPIY, il prévoit de publier le résultat de son enquête interne avant sa fermeture le 31 décembre. Et c'est sur cela que se baissera le rideau après presque un quart de siècle consacré à juger ceux qui ont commis les pires atrocités en Europe depuis la Seconde guerre mondiale.

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