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01/12/2017 08:39 EST

L'autopsie du corps du Croate de Bosnie Slobodan Praljak a débuté

L'autopsie du corps de Slobodan Praljak a débuté vendredi, deux jours après le suicide en direct du Croate de Bosnie en buvant le contenu d'une fiole dans une salle d'audience du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), à La Haye.

Simultanément, le TPIY a ouvert une enquête interne qui démarrera la semaine prochaine en complément de l'enquête néerlandaise menée par le parquet de La Haye, sollicité par le tribunal après le dramatique incident qui a provoqué la stupeur dans ses couloirs feutrés.

Alors que le TPIY rendait mercredi son ultime jugement, Slobodan Praljak s'est soudainement donné la mort à l'aide d'une fiole de "poison", selon son avocat. Il venait de recevoir confirmation de sa condamnation à 20 ans de prison pour des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité commis durant la guerre en Bosnie (1992-1995).

L'autopsie du corps est réalisée à Rijswijk, près de La Haye, à l'Institut médico-légal néerlandais, reconnu comme l'un des plus importants laboratoires de médecine légale au monde. Deux experts croates ont été dépêchés sur place "à la demande du TPIY", pour "observer", a indiqué à l'AFP un des porte-paroles du parquet, Vincent Veenman.

Les enquêteurs "espèrent pouvoir communiquer les résultats de l'autopsie à court terme", a-t-il ajouté, précisant toutefois qu'il était "impossible de savoir quand les résultats seront disponibles."

Déjà, un test provisoire avait révélé jeudi la présence d'une "substance chimique qui peut entraîner la mort" dans la fiole que Praljak a sorti de sa poche avant d'en boire le contenu d'une seule gorgée.

- Deux enquêtes pour des réponses -

Mais deux jours après le dramatique incident, on ignore toujours comment l'accusé a pu se retrouver en possession de cette fiole et braver tous les contrôles de sécurité érigés entre sa cellule et la salle d'audience.

"Il y a une nécessité impérieuse de comprendre comment ce poison a bien pu arriver au tribunal", a affirmé auprès de l'AFP Céline Bardet, juriste internationale qui a exercé au TPIY.

"Forcément cela jette la suspicion sur une +complicité+, avec beaucoup de guillemets", selon la juriste.

Selon Goran Sluiter, avocat néerlandais et professeur de droit international à l'Université d'Amsterdam, M. Praljak s'est procuré la fiole soit au centre de détention, en économisant un médicament administré dans le cadre d'un traitement, soit durant le transport vers le tribunal, soit au sein même du TPIY.

"Et dans ce cas, cela réduirait considérablement le cercle de gens qui auraient pu l'aider. On pense alors immédiatement aux avocats. Quoiqu'il en soit, il a forcément eu de l'aide pour avoir cette fiole en sa possession en salle d'audience", a-t-il ajouté.

De l'aide, peut-être, mais "cela peut venir de nombreuses personnes", a souligné Diana Goff, experte en droit et chercheuse à l'Institut Clingendael. Les détenus du TPIY "peuvent recevoir des visites de responsables religieux, médecins, amis, membres de la famille" et "il est très facile de faire entrer ou sortir de la contrebande dans les prisons en général, donc ce n'est pas un problème du TPIY".

- 'Aide au suicide' -

"Je n'ai jamais pensé qu'il pourrait faire une telle chose, mais je comprends car c'est un homme honorable qui ne pouvait pas vivre avec une condamnation le qualifiant de criminel de guerre et sortir menotté de la salle d'audience", a confié à l'agence de presse croate Hina une des avocats du défunt, Nika Pinter, dans l'avion qui la ramenait des Pays-Bas à Zagreb.

Elle a précisé qu'elle ignorait tout du plan macabre de son client et qu'au cours de leurs entretiens avant l'énoncé du verdict, M. Praljak n'avait en rien laissé supposer qu'il se suiciderait.

Mais dès le début, l'enquête, jugée exceptionnelle, diligentée par le parquet néerlandais s'est orientée sur "l'aide au suicide et la violation" de la réglementation sur les substances médicales.

Quant au TPIY, il prévoit de publier le résultat de son enquête interne avant sa fermeture le 31 décembre. Et c'est sur cela que se baissera le rideau après presque un quart de siècle consacré à juger ceux qui ont commis les pires atrocités en Europe depuis la Seconde guerre mondiale.

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