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01/12/2017 06:17 EST

Jour J pour la réforme de la fiscalité au Sénat américain

Le Sénat américain reprend vendredi les débats sur la grande baisse d'impôts promise par le président Donald Trump, la majorité républicaine espérant que d'ultimes arbitrages permettront de faire adopter le texte dans la journée.

Alors que l'actualité américaine était bouleversée vendredi matin par l'annonce de l'inculpation de l'ancien conseiller présidentiel Michael Flynn pour déclarations mensongères au FBI dans l'enquête russe, les sénateurs poursuivaient leurs négociations en coulisses pour réécrire in extremis leur grand texte de refonte fiscal, après qu'un article a été retoqué jeudi soir pour des raisons techniques. Un soudain accroc qui a donné des sueurs froides aux chefs de la majorité.

L'objectif reste de voter sur de nombreux amendements et sur l'adoption finale par la chambre haute du Congrès avant le week-end, mais le programme n'a pas encore été fixé.

Malgré ce ralentisseur de dernière minute, la réforme a le vent en poupe. Plusieurs membres de la majorité qui menaçaient de faire défection sont rentrés dans le rang depuis 24 heures, notamment John McCain, Steve Daines et Ron Johnson.

"Je prévois de voter oui aujourd'hui sur la réforme fiscale. C'est un moment historique pour notre pays, cela fait 31 ans que nous n'avons pas réformé la fiscalité", a déclaré Steve Daines sur Fox News vendredi.

Il y a 52 républicains sur 100 sièges, et la majorité n'a donc droit qu'à deux défections, tous les démocrates étant opposés.

La Chambre des représentants a déjà adopté un projet de réforme fiscale le 16 novembre. Si le Sénat adopte sa version, les deux chambres devront harmoniser leurs textes et revoter, avec un objectif fixé à la fin de l'année.

- Forages en Alaska -

La majorité républicaine est relativement soudée sur l'architecture de la réforme: une forte baisse d'impôts pour les entreprises et pour les particuliers, ainsi qu'une grande simplification fiscale qui permettrait aux Américains de remplir leur déclaration d'impôts sur une "carte postale", alors qu'aujourd'hui des millions de contribuables utilisent des logiciels payants ou des comptables pour remplir leurs feuilles d'impôts.

Le but affiché: soulager la classe moyenne et doper la croissance.

Mais certains conservateurs, emmenés par Bob Corker et Jeff Flake, s'inquiètent de voir leur parti fouler aux pieds l'orthodoxie budgétaire qu'il a longtemps prêchée lorsque Barack Obama occupait la Maison Blanche.

La réforme ajoutera en effet 1.000 milliards de dollars aux déficits publics sur la prochaine décennie, selon le Joint Committee on Taxation.

Les experts de cette commission estiment que la baisse d'impôts coûtera 1.400 milliards de dollars aux comptes publics entre 2018 et 2027, qui ne seront que partiellement compensés par 400 milliards de recettes fiscales générées par un regain de croissance estimé à 0,8 point de PIB par an en moyenne sur la décennie.

Initialement, les promoteurs de la baisse d'impôts affirmaient qu'elle serait autofinancée par la croissance.

Une solution pourrait consister à remonter progressivement le taux de l'impôt sur les sociétés, après quelques années, afin de limiter les déficits publics.

D'autres volets de la réforme doivent encore être tranchés: le taux d'imposition des sociétés en nom propre, les avantages fiscaux pour les familles avec enfants, ou encore la suppression de l'obligation de souscrire une assurance maladie, l'un des piliers de la loi santé Obama. Même le taux de l'impôt sur les sociétés pourrait être de 21 ou 22%, au lieu des 20% initialement prévus (contre 35% aujourd'hui).

Enfin, l'inclusion d'une mesure qui ouvrirait des terres protégées de l'Alaska aux forages pétroliers est dénoncée par les démocrates et écologistes.

ico/sha