NOUVELLES
01/12/2017 08:12 EST

France: la Nouvelle-Calédonie en eaux troubles à un an de sa potentielle indépendance

A moins d'un an du référendum sur son indépendance, la Nouvelle-Calédonie navigue entre crise sociale et politique, l'archipel français du Pacifique sud étant divisé sur un processus de décolonisation vieux de trente ans, au grand dam du puissant voisin australien.

"Les Australiens sont très attentifs", explique Sarah Mohamed-Gaillard, maître de conférences à l'Institut national des langues et civilisations orientales (Inalco) à Paris, alors que le Premier ministre français entame vendredi un voyage sur le "Caillou".

"C'est la stabilité qui pour eux est primordiale: ils craignent que, si le résultat du référendum est contesté, cela suscite à nouveau une flambée de violences", comme durant la quasi-guerre civile des années 80, ajoute-t-elle.

Or, aujourd'hui l'archipel (qui est à moins de 2.000 km de l'Australie, mais à plus de 16.000 km de Paris) fait face à plusieurs problèmes: crise politique locale, marasme économique et tensions sociales et sécuritaires.

"Les Australiens ont soutenu l'indépendantisme mais ils ont rétropédalé et estiment maintenant que la France est une force stabilisatrice dans la région", ajoute-t-elle, précisant que l'Australie ne prend cependant pas position pour ou contre la décolonisation. "Ils préfèrent que la Nouvelle-Calédonie reste proche de la France plutôt que de la Chine", puissance dont l'influence grandissante dans le Pacifique inquiète, ajoute cette experte des relations franco-australiennes.

La poussée indépendantiste en Nouvelle-Calédonie avait abouti à de vives tensions dans les années 80, culminant avec une prise de gendarmes en otages, qui avait fait 21 morts en 1988.

Mais les accords de Matignon, la même année, avaient fini par apaiser la situation, ce qu'avait confirmé celui de Nouméa (1998). Ce dernier a accordé une large autonomie à l'archipel appartenant à la France depuis 1853.

- Délinquance et vie chère-

L'accord de Nouméa prévoit également un référendum d'autodétermination, au plus tard en novembre 2018. Les quelque 270.000 habitants sont à près de 40% Kanaks (Mélanésiens) et à 27% Européens, les autres se disant métis, d'autres origines ou sans appartenance.

Selon les projections, les opposants à l'indépendance devraient l'emporter mais cela n'éteindra pas la revendication d'autodétermination, d'autant que deux autres scrutins peuvent avoir lieu d'ici 2022.

Le paysage politique local est par ailleurs brouillé entre indépendantistes partisans d'une rupture brutale avec Paris et les plus modérés, qui veulent seulement plus d'autonomie.

Le gouvernement local est ainsi plongé dans une crise profonde: faute d'entente entre les élus, il aura fallu trois mois au gouvernement collégial pour élire un président, ce qui n'a été fait que vendredi.

"C'est le bazar, rien ne bouge mais on a des dossiers colossaux sur les bras", assène David Meyer, secrétaire général de la Fédération des fonctionnaires, citant le déficit abyssal de l'assurance maladie-maternité ou la lutte contre la vie chère.

"Même si on a un gouvernement, je n'ai pas le sentiment qu'en 2018, ils (les élus, ndlr) voudront engager des discussions de fond sur notre système économique et social", poursuit David Meyer

Car la situation n'est pas bonne. Après plusieurs années d'euphorie, portée par les investissements publics et ceux dans l'industrie du nickel, l'économie calédonienne atterrit, mettant en lumière sa trop grande dépendance aux revenus de la mine, ses réformes insuffisantes et l'échec de sa diversification dans le tourisme, l'agriculture ou l'économie bleue.

Le taux de chômage de près 15% d'après le dernier recensement de 2014 est nettement supérieur à la moyenne nationale.

Une autre source d'inquiétude vient de la montée de la délinquance des mineurs, alimentée par un échec scolaire massif, la consommation d'alcool et de cannabis, et des difficultés à concilier mode de vie moderne et traditionnel.

Le quart des faits de délinquance sont imputables aux moins de 18 ans et chaque week-end apporte son lot de bagarres, de dégradations et d'agressions dans une île où "la violence a tendance à se banaliser", d'après les forces de l'ordre.

"Qu'en est-il du rééquilibrage socio-culturel? On vit dans un pays où 52% de la population a moins de 35 ans mais il n'y a pas de prise en compte de l'avis de cette jeunesse dans l'élaboration des politiques publiques", déplore Pierre Wélépa, consultant en ingénierie des politiques publiques.

cw/chr/cam/lv/fz/ces