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01/12/2017 00:42 EST

Des séparatistes catalans devant la justice, espérant sortir de prison

Les dix dirigeants indépendantistes catalans en détention depuis un mois comparaissent à nouveau vendredi devant la justice espagnole avec l'espoir d'être remis en liberté et de pouvoir donc participer à la campagne pour les élections régionales du 21 décembre.

Leur sortie de prison marquerait un tournant dans cette campagne que, depuis l'échec de leur tentative de sécession de cette région du nord-est de l'Espagne, les indépendantistes mènent sur le thème de la libération de ce qu'ils appellent "des prisonniers politiques".

"La répression de l'Etat est à l'heure actuelle l'élément mobilisateur de l'indépendantisme", a estimé le politologue catalan Oriol Bartomeus.

"Dès lors qu'ils n'auront plus de prisonniers politiques, ils devront réorienter leur campagne", a-t-il déclaré à l'AFP.

L'ancien vice-président catalan Oriol Junqueras a été le premier à être entendu par le juge d'instruction Pablo Llarena de la Cour suprême, qui se charge dorénavant de l'enquête sur tout le noyau dur indépendantiste.

M. Junqueras, sept autres ex-ministres du gouvernement destitué et les présidents de deux associations indépendantistes doivent être entendus dans la journée.

L'affaire était jusqu'ici divisée entre la Cour suprême et l'Audience nationale, le tribunal qui avait pris, le 2 novembre, la décision d'envoyer en prison huit membres du gouvernement catalan destitué.

Les présidents des influentes associations indépendantistes Assemblée nationale catalane (ANC) et Omnium Cultural, Jordi Sanchez et Jordi Cuixart, avaient été écroués en octobre par ce même tribunal.

Mais la Cour suprême pourrait revenir sur cette décision, car elle s'était montrée plus clémente avec d'autres élus séparatistes en les laissant en liberté provisoire.

Les avocats des détenus ont tous demandé au juge leur remise en liberté.

Dans leur demande, ils assurent renoncer à l'indépendance unilatérale vis-à-vis de l'Espagne et accepter "l'application de l'article 155 de la Constitution" le 27 octobre, qui a permis au gouvernement central de prendre le contrôle de la Catalogne, destituer le gouvernement régional et convoquer des élections.

C'est la même stratégie qu'avaient employé début novembre l'ex-présidente du Parlement catalan, Carme Forcadell, et cinq députés, avant d'être remis en liberté.

Ils étaient accusés d'avoir permis le vote d'une déclaration unilatérale d'indépendance, le 27 octobre.

- Tournant -

Les militants indépendantistes, furieux de la détention de leurs dirigeants, ont multiplié depuis de petites manifestations et arborent un ruban jaune en soutien à ceux qu'ils qualifient de "prisonniers politiques".

"Vous devez sortir de prison parce que vous n'auriez jamais dû y entrer", a tweeté dans la matinée le président catalan destitué Carles Puigdemont depuis Bruxelles où il a fui avec quatre membres de son gouvernement.

La justice belge examine un mandat d'arrêt européen émis par l'Espagne contre eux.

Mais Carles Puigdemont ainsi qu'Oriol Junqueras et la majeure partie des anciens membres du gouvernement catalan sont tout de même candidats aux élections régionales du 21 décembre imposées par Mariano Rajoy.

Le sort des "prisonniers politiques" monopolise les discours de campagne des sécessionnistes, dont le rêve de constituer une république indépendante a été brisé net par l'intervention de Madrid.

Bien qu'ils aient réussi à organiser un référendum d'autodétermination le 1er octobre et à déclarer ensuite l'indépendance, ils ont ensuite reconnu ne pas disposer des moyens de créer un Etat en bonne et due forme.

Les indépendantistes ne précisent pas leurs intentions s'ils remportent à nouveau une majorité absolue le 21 décembre et concentrent leurs attaques sur le gouvernement de Madrid.

Mais la libération des dirigeants écroués pourrait raviver les tensions au sein du bloc sécessionniste, entre le PDeCAT conservateur de Carles Puigdemont et la Gauche républicaine de Catalogne (ERC) d'Oriol Junqueras qui se présentent séparément, contrairement aux dernières élections en septembre 2015 où ils avaient fait liste commune.

"On oblige les indépendantistes à choisir entre le vice-président martyr de la prison ou le président en exil", résume le politologue Gabriel Colomé.

Les sondages prédisent un équilibre des voix entre indépendantistes et non indépendantistes, ce qui compliquerait la formation d'un gouvernement.

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