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01/12/2017 02:45 EST

Brexit: l'Irlande reste ferme sur son refus d'une frontière avec Belfast

L'Irlande a réitéré vendredi son refus d'une frontière avec la province britannique d'Irlande du Nord après le Brexit, avant une rencontre à Dublin avec le président du Conseil européen sur cette question très épineuse dans les négociations de retrait du Royaume-Uni de l'UE.

L'Union européenne a donné à Londres jusqu'au lundi 4 décembre - "date limite absolue" - pour prendre des engagements "suffisants" sur la frontière irlandaise, un des trois dossiers qu'elle souhaite régler en priorité avant d'initier la deuxième phase des négociations, soit la définition de sa future relation commerciale avec Londres.

"Nous n'y sommes pas encore", a constaté vendredi le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney.

"Sur l'Irlande, il y a encore beaucoup de choses à faire. Nous voulons être positifs mais nous insistons aussi sur le fait qu'il ne peut y avoir de frontière", a-t-il ajouté devant la presse à Dublin.

Le retour d'une frontière entre les deux Irlande après le Brexit -prévu fin mars 2019- risquerait de provoquer un choc pour ces deux économies particulièrement imbriquées qui échangent aujourd'hui sans entraves. Elle pourrait aussi fragiliser l'accord de paix de 1998 en Irlande du Nord.

- Garantie écrite -

Simon Coveney a répété qu'avant d'aller de l'avant dans les négociations, son pays souhaitait obtenir la garantie écrite de Londres qu'une frontière physique ne serait pas rétablie avec l'Irlande du Nord.

"Si l'Irlande du Nord quitte l'UE, ce qu'elle fera en tant que membre du Royaume-Uni, le gouvernement britannique a l'obligation d'assurer que les gains durement acquis au cours des vingt dernières années sont protégés et maintenus", a-t-il déclaré un peu plus tôt sur BBC Radio 4.

"On ne peut pas nous demander de sauter dans le vide en ouvrant la deuxième phase des négociations en espérant que ces problèmes seront résolus" ultérieurement, a-t-il ajouté, demandant des "garanties" pour le maintien en Irlande du Nord des régulations actuelles, notamment en matière de sécurité alimentaire.

Si les discussions sur la facture du Brexit ont semblé progresser récemment, sans toutefois aboutir jusqu'à présent, le contentieux irlandais a de plus en plus émergé comme un point de blocage.

Celui-ci sera au centre d'une rencontre prévue vendredi après-midi entre le président du Conseil européen Donald Tusk et le Premier ministre irlandais Leo Varadkar.

C'est lors d'un sommet prévu les 14-15 décembre à Bruxelles que les dirigeants européens diront s'ils acceptent ou pas d'ouvrir les négociations commerciales, que le Royaume-Uni s'impatiente de pouvoir lancer.

- Tensions internes -

Le gouvernement de la Première ministre conservatrice Theresa May a indiqué que les discussions se poursuivaient avec Dublin. Il a certes écarté la possibilité d'une frontière dure avec l'Irlande après le Brexit, évoquant notamment un "nouveau partenariat douanier" avec l'UE ou la possibilité de recourir à la "technologie" pour réduire les contrôles frontaliers.

Mais une commission parlementaire britannique a prévenu vendredi que sa décision de quitter le marché unique européen et l'union douanière semblait impossible à concilier avec la volonté affichée de maintenir une frontière irlandaise "sans friction".

Cela "fera inévitablement de la frontière entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande la frontière douanière de l'UE avec le Royaume-Uni", a-t-elle estimé.

Le Times affirmait jeudi qu'un accord sur la frontière irlandaise était proche. Selon le quotidien britannique, Londres délèguerait des pouvoirs à l'Irlande du Nord, dans les domaines de l'agriculture et de l'énergie notamment, afin de permettre une convergence douanière avec la république voisine.

Une proposition qui pourrait fragiliser encore davantage Theresa May dans son propre pays. Le parti unioniste nord-irlandais DUP a prévenu que tout accord qui entraînerait des règles différentes pour l'Irlande du Nord que dans le reste du Royaume-Uni pourrait remettre en cause son soutien au gouvernement minoritaire de la cheffe de l'exécutif.

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