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29/11/2017 09:08 EST

Lafarge en Syrie : trois cadres en garde à vue en France

Trois responsables du cimentier français Lafarge ont été placés en garde à vue mercredi dans le cadre des investigations sur des soupçons de financement indirect de groupes jihadistes en Syrie, dont l'Etat islamique (EI), a-t-on appris de sources proches de l'enquête.

Ils sont entendus par le Service national de douane judiciaire (SNDJ), chargé de l'enquête, ont précisé ces sources.

Il s'agit des premières gardes à vue dans cette affaire. A l'issue de ces auditions, ces gardes à vue peuvent être levées sans poursuites ou aboutir à une présentation devant les trois juges d'instruction chargés de ce dossier.

Les investigations s'attachent à déterminer si le cimentier, qui a fusionné en 2015 avec le Suisse Holcim, a transmis de l'argent à des organisations jihadistes, notamment à l'EI, pour continuer à faire fonctionner en 2013 et 2014 l'usine de Jalabiya (nord de la Syrie), malgré le conflit.

Parmi les personnes placées en garde à vue se trouvent Bruno Pescheux, le directeur de la cimenterie de 2008 à 2014, et Frédéric Jolibois, qui a repris la direction du site à partir de l'été 2014, selon des sources proches du dossier.

Lafarge est aussi soupçonné d'avoir acheté du pétrole à différentes organisations jihadistes, là encore pour que ces dernières lui permettent de poursuivre son activité.

Les enquêteurs cherchent à savoir si des responsables du groupe en France ont pu être informés de tels accords.

Dans un rapport, dont l'AFP a eu connaissance, le SNDJ avait estimé que la direction française du groupe avait "validé ces remises de fonds en produisant de fausses pièces comptables".

Les 14 et 15 novembre, une vaste perquisition a été menée au siège du cimentier à Paris.

Entendu en janvier dans le cadre d'une audition libre, Bruno Pescheux était revenu sur le choix de Lafarge de maintenir son activité en Syrie, contrairement au pétrolier Total ou à d'autres multinationales qui avaient quitté le pays.

"On faisait vivre directement et indirectement 5.000 personnes", s'était-il justifié, d'après une des sources proches du dossier. L'idée était aussi "d'éviter la cannibalisation de l'usine, qui serait arrivée si elle avait été perçue comme à l'abandon".

Continuer à faire tourner la cimenterie, dont la production s'était effondrée à mesure que la situation se dégradait, avait un prix: la branche syrienne du groupe (Lafarge Cement Syria, LCS) monnayait la sécurité de ses employés en versant "de 80.000 à 100.000 dollars" à un intermédiaire, Firas Tlass, ex-actionnaire minoritaire de l'usine, qui ventilait ensuite les fonds entre différentes factions armées, d'après Bruno Pescheux. Cela représentait pour l'EI "de l'ordre de 20.000 dollars" par mois, avait précisé l'ex-directeur.

Quant à Frédéric Jolibois, auditionné en février, il avait reconnu avoir acheté du pétrole "à des organisations non-gouvernementales (...) en toute illégalité".

Outre MM. Jolibois et Pescheux, plusieurs autres responsables du cimentier et de sa filiale syrienne ont été entendus début 2017.

Sollicité, LafargeHolcim n'a pas souhaité faire de commentaires.

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