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29/11/2017 08:07 EST

La réconciliation palestinienne tangue à l'approche d'une échéance test

L'accord signé par les groupes palestiniens pour surmonter dix ans de dissensions dévastatrices chancelait dangereusement mercredi, deux jours avant l'échéance test d'un transfert de pouvoirs dans la bande de Gaza.

L'heure venue de mettre en application l'accord de réconciliation conclu le 12 octobre au Caire, les deux principaux groupes palestiniens, le Hamas et le Fatah, se sont accusés de manquer à leurs engagements.

"Le Hamas ne respecte pas l'accord qu'il a signé au Caire pour mettre fin aux divisions", a déclaré à l'AFP à Ramallah, en Cisjordanie, Azzam al-Ahmed, chargé du dossier au Fatah.

"A ce stade, les problèmes et les obstacles posés par le Hamas sont toujours là et ne font que grandir", a-t-il ajouté, parlant de "course contre la montre".

Le Fatah laïc et modéré s'est entendu le 12 octobre avec le Hamas islamiste pour que celui-ci rétrocède d'ici à vendredi à l'Autorité palestinienne les pouvoirs dans la bande de Gaza.

L'Autorité palestinienne, internationalement reconnue et censée préfigurer un Etat palestinien indépendant, est dominée par le Fatah.

Considéré comme terroriste par son ennemi israélien, les Etats-Unis ou l'Union européen, ostracisé par nombre d'autres pays, le Hamas a évincé l'Autorité de la bande de Gaza en 2007 et gouverne depuis sans partage cette enclave coincée entre Israël, Egypte et Méditerranée.

- L'épreuve du terrain -

L'accord du 12 octobre signé sous les auspices de l'Egypte est supposé mettre fin à une décennie de dissensions palestiniennes, humainement désastreuses pour les Gazaouis et politiquement délétères pour la défense de la cause palestinienne.

Mais l'accord a été mis à mal mercredi sur le terrain quand des dizaines de fonctionnaires de l'Autorité, répondant à l'appel de cette dernière à reprendre le travail après des années d'inactivité, se sont présentés dans les ministères des Finances ou de l'Education de Gaza, aujourd'hui occupés par le Hamas.

Ils ont été bloqués par les délégués du syndicat de la fonction publique dépendant du Hamas, ont rapporté l'organisation professionnelle et des témoins.

La question du sort des fonctionnaires s'annonce comme un écueil des plus périlleux pour le processus de réconciliation.

Après avoir chassé l'Autorité de Gaza, le Hamas a recruté des dizaines de milliers de fonctionnaires pour mettre sur pied son administration.

Les dizaines de milliers de fonctionnaires employés jusqu'alors par l'Autorité ont continué à être payés par cette dernière, tout en restant chez eux dans leur grande majorité.

Mardi, l'Autorité a appelé ces fonctionnaires à reprendre leur ancien poste. Les délégués syndicaux proches du Hamas en ont empêché un certain nombre de le faire.

Le syndicat a assuré qu'il persisterait jusqu'à ce que le sort des fonctionnaires du Hamas soit réglé.

Le Fatah et le Hamas sont convenus au Caire de résoudre le problème d'ici à février, sans dire comment ils comptaient s'y prendre.

Ils n'ont fourni aucune indication par exemple sur une intégration ou non des fonctionnaires du Hamas dans l'administration de l'Autorité, une hypothèse très coûteuse pour une Autorité déjà aux abois financièrement.

- 'Chaos et confusion' -

Le sujet est éminemment sensible, les fonctionnaires faisant vivre beaucoup de monde à Gaza dont l'économie est à genoux, avec plus de 40% de la population active au chômage et un taux de pauvreté approchant 40%.

Azzam al-Ahmed, le responsable du Fatah, a accusé le Hamas de se servir du retour des employés de l'Autorité pour "paralyser le travail des ministères".

Un porte-parole du Hamas a répliqué que c'était l'Autorité qui portait "la responsabilité du chaos et de la confusion", et l'a accusée en retour de violer l'accord du Caire.

Le président de l'Autorité, Mahmoud Abbas, a ordonné que cessent toutes les incriminations publiques, a rapporté l'agence de presse palestinienne Wafa.

La question du contrôle de la sécurité dans la bande de Gaza fait peser une autre hypothèque sévère sur le processus. M. Abbas exclut que l'Autorité assume les seules responsabilités civiles sans contrôler les armes. Hors de question, réplique le Hamas, réputé fort de 25.000 hommes en armes et de milliers de roquettes.

L'ONU soutient le processus de réconciliation entre palestiniens, y voyant une chance de diminuer les épreuves des Gazaouis et de relancer l'entreprise de paix avec Israël.

L'envoyé spécial de l'ONU, Nickolay Mladenov, en visite dans la bande de Gaza, a pressé les parties de poursuivre sur la lancée de l'accord du 12 octobre, "très important" selon lui. Il a évoqué une nouvelle réunion des groupes palestiniens en décembre en Egypte, et espéré qu'ils "veilleraient à ce que l'accord du Caire soit appliqué dans les temps".

na-lal/iw