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29/11/2017 18:04 EST

Après la Birmanie, le pape François arrive au Bangladesh

Après une étape diplomatiquement périlleuse en Birmanie, le pape François arrive jeudi au Bangladesh voisin, terre d'exode de centaines de milliers de réfugiés rohingyas dont le spectre plane sur son voyage en Asie.

Nation de 160 millions d'habitants parmi les plus pauvres de la planète, particulièrement vulnérable au réchauffement climatique, le Bangladesh est submergé depuis trois mois par une marée humaine aux proportions bibliques de Rohingyas de Birmanie.

Plus de 620.000 membres de cette minorité musulmane y ont afflué depuis fin août pour échapper à ce que l'ONU considère comme une épuration ethnique menée par l'armée. Ces populations miséreuses s'entassent dans des camps de tentes grands comme des villes, où la survie est conditionnée aux distributions de nourriture.

Cette crise humanitaire parmi les plus graves de ce début de XXIe siècle forme la toile du fond de la tournée du souverain pontife de 80 ans, qui atterrira à Dacca en provenance de Rangoun à 15H00 locales (09H00 GMT). Il y séjournera jusqu'à son décollage pour Rome samedi après-midi.

Pour la minuscule communauté de quelque 380.000 catholiques bangladais, cette visite papale - la première depuis Jean Paul II en 1986 - est une source d'immense fierté.

Paroissienne de l'église du Saint-Rosaire à Dacca, construite par des missionnaires augustiniens au XVIIe siècle, Topoti Doris se dit "sans voix" à l'idée que le Saint-Père se rendra samedi dans son lieu de culte.

"Je ne peux pas expliquer avec des mots, c'est quelque chose que vous ressentez au fond de vous", confie-t-elle à l'AFP pour décrire sa joie.

La voyage apostolique du pape dans ce pays à 90% musulman s'adresse cependant aux fidèles de toutes les religions, a estimé en début de semaine l'archevêque de Dacca.

"Le pape ne vient pas que pour les catholiques mais pour la nation tout entière. Pour tout le monde dans ce pays quelque soit leur foi, leur croyance et culture", a déclaré le cardinal Patrick D'Rozario.

- Délégation rohingya -

Les prises de position de Jorge Bergoglio sur la crise humanitaire des Rohingyas sont très attendues au Bangladesh. L'Argentin s'est ému à plusieurs reprises ces derniers mois du sort de ces parias "torturés et tués en raison de leurs traditions et de leur foi".

Mais diplomatie oblige, le pape n'a pas abordé frontalement la question lors de ses escales à Rangoun et Naypyidaw. Le clergé local lui avait déconseillé de prononcer le mot "Rohingya", tabou dans ce pays qui considère cette minorité comme étrangère.

Soucieux de ne pas mettre le feu aux poudres d'une opinion publique chauffée à blanc par le nationalisme et remontée contre les critiques de la communauté internationale, le souverain pontife s'est contenté d'allusions obliques aux violences contre les Rohingyas.

Il a ainsi appelé les Birmans "au respect de tout groupe ethnique" et à "dépasser toutes les formes d'intolérances, de préjugé et de haine".

"On ne peut pas attendre des gens qu'ils règlent des problèmes impossibles", a souligné le Vatican en réponse aux critiques sur cette retenue, estimant que "l'autorité du pape" n'était pas atteinte.

Au Bangladesh, François ne se rendra pas dans la région des gigantesques camps dans le sud, à une heure d'avion de Dacca. Il rencontrera en revanche vendredi une délégation de réfugiés rohingyas, événement qui s'annonce comme l'un des temps forts de ces trois journées.

Le pape "doit être notre pont. Il doit demander nos droits, notre citoyenneté (en Birmanie). Sinon de telles visites ne servent à rien", a jugé Azim Ullah, Rohingya résidant au camp de Balukhali.

Souvent pauvres et analphabètes, les Rohingyas dans leur immense majorité ignorent tout de l'existence du pape.

À l'approche de l'arrivée du chef de l'Église catholique, les autorités ont renforcé la sécurité dans la capitale Dacca, où le pape jésuite célèbrera notamment une messe en plein air.

Le Bangladesh est confronté ces dernières années à une recrudescence d'attaques jihadistes. Des extrémistes y ont tué à l'arme blanche des étrangers, des blogueurs athées et des membres de minorités religieuses, dont des chrétiens.

Mais la brutale répression sécuritaire, consécutive à l'attentat dans un café de Dacca à l'été 2016, semble avoir affaibli ces mouvements.

amd/ib