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28/11/2017 18:08 EST

Syrie: la délégation de Damas attendue aux discussions de Genève

La délégation du régime de Damas est attendue mercredi aux discussions de Genève sur la Syrie sous l'égide de l'ONU, après avoir manifesté son mécontentement la veille en retardant sa venue d'une journée.

L'ONU a commencé dès mardi ses discussions avec l'opposition syrienne. Mais les déclarations de l'opposition réclamant une nouvelle fois le départ du président Bachar al-Assad ont braqué le gouvernement syrien, déjà peu enclin à faire des concessions alors qu'il a pratiquement gagné la guerre contre les rebelles et les jihadistes.

La Russie, alliée militaire et politique de Damas, a convaincu le régime d'envoyer malgré tout une délégation à Genève. Et, gage de bonne volonté, le représentant russe a annoncé dans la matinée, lors d'une réunion des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, l'instauration d'un cessez-le-feu avec l'armée syrienne dans la Ghouta orientale, région rebelle proche de Damas.

En dépit de l'absence de la délégation officielle syrienne, l'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, qui a déjà organisé sans succès sept cycles de discussions à Genève depuis 2016, a ouvert dans l'après-midi de mardi ce huitième cycle par une rencontre avec la délégation de l'opposition.

Il devrait rencontrer mercredi l'ambassadeur syrien à l'ONU, Bachar al-Jaafari, chef de la délégation de Damas.

Mais selon un haut responsable syrien, l'entrevue devrait être surtout l'occasion pour Damas de réitérer son refus catégorique de discuter du sort du président Assad.

Lors d'un rassemblement de toutes les composantes de l'opposition à Ryad la semaine dernière, il a été décidé d'envoyer pour la première fois une seule et unique délégation à Genève pour négocier avec le régime. Mais le communiqué final a de nouveau réclamé le départ du président Assad, une demande inacceptable pour Damas.

Et à peine arrivé à Genève, le chef de la délégation de l'opposition, Nasr Hariri, a remis de l'huile sur le feu lundi soir en réaffirmant qu'il s'agissait d'une condition préalable à toute transition vers des élections.

- Moscou a besoin de Genève -

Le médiateur de l'ONU est conscient que les provocations devant les caméras ne contribuent pas à faire avancer le dossier syrien, bien au contraire.

En septembre, il avait d'ailleurs appelé l'opposition syrienne à être "assez réaliste pour réaliser qu'elle n'a pas gagné la guerre".

"Nous espérons qu'ils (les opposants) vont être pragmatiques et flexibles" sur la question du sort du président Assad, a commenté un diplomate européen, qui suit ces négociations.

La Russie a sauvé le régime syrien en entrant militairement dans le conflit fin 2015, mais maintenant que la guerre est en passe de se terminer, Moscou doit trouver une solution politique. Et le président russe Vladimir Poutine sait qu'il a besoin de l'ONU pour pousser ses pions et sauvegarder ses intérêts en Syrie.

"Je pense qu'ils ont quelques cartes vraiment fortes dans les mains, mais ils n'ont pas toutes les cartes. Je pense que c'est pour ça que Genève est un processus si important, car seule Genève a la légitimité (...) et seule Genève débloquera l'aide internationale massive nécessaire pour remettre la Syrie sur pied", a ajouté le diplomate.

Après plus de 6 années de conflit, qui ont fait plus de 340.000 morts et des millions de déplacés et de réfugiés, l'ONU estime qu'il faudra au moins 250 milliards de dollars pour reconstruire ce pays.

- Optimiste incorrigible -

Face à une Amérique repliée sur elle-même depuis l'élection du président Donald Trump, le président Poutine a jusqu'ici multiplié avec succès les initiatives diplomatiques.

Avec l'aide de l'Iran, autre soutien de Damas, et de la Turquie, soutien des rebelles, il a organisé sept réunions mêlant opposition et régime syriens à Astana, au Kazakhstan. Quatre zones de "désescalade" des combats ont en outre été créées en Syrie, là où l'ONU avait échoué.

Il veut maintenant organiser prochainement un "Congrès du dialogue national" syrien rassemblant tous les acteurs du conflit, mais pas avant que des progrès aient été enregistrés à Genève.

A Washington, le secrétaire d'Etat américain Rex Tillerson a déclaré que les pourparlers de Genève sont "la seule base possible pour la reconstruction du pays et la mise en oeuvre d'une solution politique qui ne laisse aucun rôle au régime Assad ou à sa famille dans le gouvernement syrien".

M. De Mistura, qui se qualifie volontiers d'"optimiste incorrigible", espère pouvoir centrer les discussions sur la rédaction d'une nouvelle Constitution et l'organisation d'élections sous l'égide de l'ONU, deux thèmes acceptables pour Damas.

Mais tout va dépendre de l'état d'esprit dans lequel la délégation officielle syrienne va aborder ces pourparlers.

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