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28/11/2017 17:44 EST

Messe inédite du pape François en Birmanie

Devant une foule de 150.000 personnes, le pape François a donné mercredi matin une grande messe en Birmanie, qui accueille un pape pour la première fois de l'Histoire, mais il a évité jusqu'ici toute mention à l'exode forcé des musulmans rohingyas.

Encadré par une nuée de drapeaux birmans et du Vatican, le souverain pontife a salué depuis sa papamobile la foule de fidèles venus de tout le pays.

Très émus par la première visite d'un pape dans leur pays majoritairement bouddhiste, de nombreux catholiques ont passé la nuit dans un immense terrain de football du centre de Rangoun, la capitale économique.

"Tous les dimanches, j'écoute sur internet la messe du pape. Il m'apporte la paix et de la joie", raconte Francis Cyria, qui travaille pour une ONG catholique.

"Nous sommes une toute petite minorité dans notre pays, nous sommes si heureux de le voir", ajoute-t-il. La Birmanie, à plus de 90% bouddhiste, compte environ 700.000 catholiques, soit un peu plus de 1% de la population totale.

Beaucoup portaient dans la foule un drapeau birman sur une joue et la photo du pape sur l'autre.

"Je ne peux pas dire à quel point je suis heureuse", confie Pauline Soe Thandar, 26 ans. "Je sais que le pape partagera sa gentillesse et ses mots précieux pour nous apporter la paix".

Le voyage du souverain pontife, arrivé lundi dans le pays, a été jusqu'à présent plus diplomatique que religieux. La Birmanie est sous pression internationale depuis trois mois car accusée d'"épuration ethnique" des musulmans rohingyas dans l'ouest du pays.

Dans son premier discours, mardi, le pape François a appelé en Birmanie au "respect de tout groupe ethnique" mais a évité de prononcer le mot tabou de "Rohingya" et n'a fait aucune référence directe à l'exode de cette minorité musulmane victime de persécutions.

Depuis fin août, plus de 620.000 musulmans rohingyas se sont réfugiés au Bangladesh, fuyant viols, meurtres et tortures perpétrés par des soldats birmans et des milices bouddhistes, accusent-ils.

L'Eglise birmane défend la prix Nobel de la paix face aux multiples critiques sur son manque d'empathie affiché pour cette minorité qui vit principalement dans l'ouest du pays.

Le catholicisme a pris racine en Birmanie au XVIe siècle via des marchands portugais implantés dans le comptoir indien de Goa.

Avec l'ouverture du pays en 2011 après des décennies d'isolation sous la junte militaire, le pays a connu une levée des restrictions religieuses. Mais dans le même temps un regain des tensions interconfessionnelles.

En 2014, le pays a célébré son premier saint: le Vatican a canonisé Isidore Ngei Ko Lat, qui fut assassiné à la frontière est du pays en 1950.

Un an plus tard, la Birmanie a accueilli son premier cardinal. Et l'arrivée du gouvernement civil dirigé de facto par Aung San Suu Kyi a permis, en mai dernier, l'établissement de relation diplomatique entre le pays et le Vatican.

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