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28/11/2017 08:57 EST | Actualisé 28/11/2017 10:05 EST

Il y a moins de logements disponibles et la location de condos est en hausse

MONTRÉAL — Il est devenu plus difficile de se trouver un logement au Québec en 2017, et ce, malgré une augmentation du nombre de logements offerts et du nombre de condominiums mis en location.

Les données annuelles publiées mardi par la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) montrent une diminution du taux d'inoccupation partout au Canada, qui est passé de 3,7 pour cent en octobre 2016 à 3,0 pour cent en octobre 2017, ce qui ramène le taux national à sa moyenne sur 10 ans.

Au Québec, le taux d'inoccupation a diminué d'un point de pourcentage complet, passant de 4,4 pour cent à 3,4 pour cent entre octobre 2016 et octobre 2017.

Parmi les régions métropolitaines, c'est à Montréal que l'on retrouve le taux d'inoccupation le plus faible — une constante historique — à 2,8 pour cent, une baisse de 1,1 point de pourcentage. C'est toutefois la région Ottawa-Gatineau qui a connu la chute la plus importante, soit de 2,5 points, alors que le taux d'inoccupation y est passé de 6,3 pour cent à 3,8 pour cent en un an. Le taux le plus élevé de logements disponibles, au Québec, est à Saguenay, où il se situe à 6,8 pour cent.

Par ailleurs, c'est au Québec que l'on retrouve les loyers les moins chers au Canada, soit à Trois-Rivières (594 $), Saguenay (605 $) et Sherbrooke (631 $). Le loyer moyen au Québec se situe à 735 $, une augmentation de 1,9 pour cent par rapport à l'an dernier.

Du côté des condominiums, la SCHL note que dans les trois plus importantes régions métropolitaines (Montréal, Québec et Ottawa-Gatineau), le nombre de copropriétés offertes en location a connu des augmentations. Pourtant, les taux d'inoccupation de condos à louer ont chuté dans les trois régions, ce qui dénote un appétit des locataires pour des logements plus neufs, bien que ceux-ci soient plus chers.

Au Nouveau-Brunswick, la SCHL fait état d'une importante baisse du taux d'inoccupation qu'elle attribue à une augmentation de l'immigration, la croissance de l'emploi et des départs moins nombreux de la province. Le taux est ainsi passé de 6,6 pour cent l'an dernier à 4,1 pour cent cette année, un repli de 2,5 points de pourcentage.

Ailleurs au pays, les plus bas taux d'inoccupation ont été enregistrés à Kelowna (0,2 pour cent), Abbotsford-Mission (0,2 pour cent), Victoria (0,6 pour cent) et Vancouver (0,9 pour cent), en Colombie-Britannique, ainsi qu'à Kingston (0,7 pour cent) et Toronto (1,0 pour cent) en Ontario.

Le taux d'inoccupation le plus élevé, à 9,6 pour cent, a été constaté à Saskatoon en Saskatchewan. Les loyers mensuels moyens les plus élevés, pour un appartement de deux chambres, ont été enregistrés à Vancouver (1552 $), Toronto (1404 $) et Calgary (1247 $).

Locataires et propriétaires inquiets

Le Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) accueille ces données avec une certaine consternation, notant que le taux d'inoccupation de Montréal, à 2,8 pour cent, est en-deçà du «seuil d'équilibre» de 3 pour cent.

L'organisme estime que ces chiffres devraient inciter les gouvernements à investir davantage dans les logements sociaux.

La porte-parole du FRAPRU, Véronique Laflamme, se dit «inquiète d'un retour à une pénurie sévère dans les prochaines années, en particulier pour les familles». Elle ajoute que la proportion de logements inoccupés est également passée sous la barre des 3 pour cent à Mont-Laurier, Granby, Drummondville, Val-d'Or et Gaspé.

Elle s'inquiète encore davantage pour l'Abitibi, reprochant au gouvernement de Philippe Couillard d'avoir coupé les enveloppes spéciales dédiées aux logements sociaux dans les régions éloignées alors que Val-d'Or affiche un taux général de 1,7 pour cent et que Rouyn-Noranda n'a que 1,3 pour cent de ses logements de trois chambres à coucher et plus disponibles et 2,5 pour cent pour les deux chambres à coucher et plus.

Le FRAPRU note également la hausse du nombre de condos offerts en location, un phénomène qui, selon lui, crée une pression inflationniste sur le prix des loyers, contribue à «embourgeoiser les quartiers centraux et à repousser les ménages les plus pauvres loin de leur quartier».

De son côté, l'Association des propriétaires du Québec (APQ) estime qu'un taux d'inoccupation de 3,4 pour cent «n'est pas un bon signe».

L'Association affirme que les augmentations de loyer — qui sont réglementées par la Régie du logement — sont dérisoires et empêchent les propriétaires de procéder aux rénovations et mises à norme requises dans le parc locatif existant.

Par ailleurs, les propriétaires se disent eux aussi très inquiets de la croissance de popularité de la location de condos, qu'ils qualifient de «concurrence déloyale».

L'Association note, dans un communiqué diffusé mardi, que «les locataires veulent du neuf, des logements rénovés, des services en plus» et ajoute qu'un immeuble «datant de 1960 ne peut pas rivaliser avec un immeuble en copropriété neuf».

L'Association voit cependant une lueur d'espoir dans l'annonce d'Ottawa de vouloir aider aussi les propriétaires dans la stratégie nationale sur le logement.

Elle dit espérer que le secteur privé pourra aussi profiter de l'enveloppe prévue pour des prêts à faible taux d'intérêt afin de réparer des logements existants, affirmant qu'il «est difficile de rénover tout en gardant les logements rentables actuellement, les propriétaires n'ont plus la capacité financière de moderniser le parc locatif avec une méthode de fixation de loyer inadaptée, insuffisante, nuisible et des taxes qui ne cessent d'augmenter».