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19/11/2017 14:26 EST

Allemagne: échec des négociations pour former un gouvernement (Libéraux)

Angela Merkel et son parti conservateur ont échoué dimanche soir à forger une coalition pour diriger le pays, plongeant la première puissance européenne dans une crise politique inédite qui pourrait signer la fin de la carrière politique de la chancelière.

Après plus d'un mois de laborieuses tractations entre démocrates-chrétiens (CDU-CSU) d'Angela Merkel, écologistes et Libéraux du FDP, ces derniers ont jeté l'éponge en estimant que les positions étaient trop antagonistes pour passer un accord de gouvernement pour les quatre ans à venir.

"Il est préférable de ne pas gouverner que de mal gouverner", a déclaré à la presse à Berlin le président du FDP Christian Lindner, avant de quitter les lieux des discussions.

M. Lindner a jugé qu'il n'y avait pas suffisamment "de positions commune et de confiance mutuelle" pour envisager un gouvernement de coalition de ce type.

- Migrants -

Au bout du compte c'est notamment sur la question de l'immigration et des suites de la politique généreuse d'accueil des demandeurs d'asile d'Angela Merkel en 2015 et 2016 que les tractations ont buté: les partis n'ont pu s'entendre sur la question de savoir si tout ou partie seulement des réfugiés devaient avoir droit au regroupement familial en Allemagne.

Du coup, l'Allemagne risque de devoir en passer in fine par de nouvelles élections début 2018 à l'issue incertaine.

Au pouvoir depuis 2005, Angela Merkel a certes remporté fin septembre les législatives dans la plus grande économie européenne mais avec le pire score depuis 1949 pour son parti, dans un contexte de percée de l'extrême droite et d'atomisation du paysage politique.

Cette situation, ajoutée au refus des sociaux-démocrates de continuer à gouverner avec elle, la prive de majorité évidente au Parlement.

Depuis plus d'un mois, elle négociait du coup une coalition sur le papier contre nature - et encore jamais expérimentée au plan national - entre son parti, les Libéraux, pro-business et aux tendances eurosceptiques, et les écologistes europhiles.

Les Libéraux et les conservateurs, en particulier les alliés bavarois très à droite de la chancelière (CSU), réclamaient une politique migratoire plus restrictive, contre l'avis des Verts.

Ils demandaient que le nombre de réfugiés soit limité annuellement à 200.000 et refusaient que tous puissent bénéficier du regroupement familial.

"La question est de savoir si on veut favoriser encore l'expansion de l'extrême droite dans le pays", s'est énervé au cours du week-end un des dirigeants de la CSU, Alexander Dobrindt.

Le regroupement familial est à l'inverse pour les Verts un point essentiel, au nom de la tradition humanitaire du pays et d'une intégration réussie des immigrés.

Les partis se sont aussi écharpés sur les questions environnementales, les écologistes trouvant insuffisants les efforts envisagés pour réduire la pollution automobile ou celle des centrales au charbon du pays.

- Merkel fragilisée -

Les Libéraux, eux, exigeaient davantage de baisse ou suppression d'impôts, en particulier une taxe dite "de solidarité" servant à soutenir les régions économiquement défavorisées de l'ex-RDA.

Cet échec est aussi celui, personnel, d'Angela Merkel, qui a avait initié les négociations à quatre.

Il intervient de surcroît alors qu'elle est sortie déjà fragilisée des élections législatives après le score décevant de son parti, où son cap centriste est de plus en plus contesté par l'aile droite du mouvement.

"En cas d'échec les turbulences pourraient très rapidement l'atteindre personnellement", pronostiquait ce week-end le journal Bild, le plus lu d'Allemagne.

Un échec du gouvernement "signifierait aussi sa fin" politique, a estimé durant la dernière ligne droite des négociations le politologue allemand Frank Decker sur la chaîne de télévision parlementaire nationale.

Habituée des longs marathons de négociations au plan européen, Angela Merkel peut encore en théorie proposer aux quatre partis de reprendre le dialogue après une pause. Mais les divergences de fond demeurent.

Les sociaux-démocrates, avec qui elle pourrait aussi arithmétiquement former une coalition majoritaire, ont réitéré dimanche leur refus. Enfin, la chancelière a exclu jusqu'ici de diriger un gouvernement minoritaire au Bundestag.

Le scénario le plus probable reste donc de nouvelles élections début 2018. Et dans ce cas, Angela Merkel aura les plus grandes difficultés à rester à la tête de son parti pour le conduire au scrutin.

ylf/ib