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15/11/2017 22:21 EST

Venezuela: Un défaut n'est pas inéluctable mais la situation restera critique (analyste)

Caracas pourrait parvenir à rassembler assez de fonds pour continuer à payer sa dette et éviter un défaut de paiement mais les perspectives du Venezuela resteront sombres, a estimé mercredi l'analyste en chef de l'agence de notation Standard and Poor's (S&P) chargé des pays latino-américains.

S&P Global Ratings a estimé lundi que le pays était d'ores et déjà en "défaut partiel" faute d'avoir payé en temps voulu des échéances dues sur certaines de ses obligations. Mais Caracas a obtenu mercredi de Moscou un répit financier en obtenant le rééchelonnement d'un crédit russe de 3,15 milliards de dollars accordé en 2011 pour acheter des armements.

Selon Joydeep Mukherji, cela ne suffit pas à lever les doutes sur d'autres paiements attendus du Venezuela, notamment sur quatre emprunts pour lesquels les échéances de remboursement ont déjà été dépassées.

Même en cas de paiement, le Venezuela "ne ferait que se retrouver dans la situation où il était avant le défaut de paiement. Le seul fait d'être arrivé à gratter assez d'argent pour payer les obligations ne change pas la situation d'ensemble", a-t-il déclaré à l'AFP.

"Ils sont aux abois depuis un bout de temps" et la note sur l'ensemble de la dette se situe actuellement juste un cran au-dessus de celle attribuée aux pays en défaut. "C'est le plus près que vous puissiez être de l'abîme sans tomber dans le défaut", indique-t-il.

L'analyste n'envisage toutefois pas que le gouvernement de Nicolas Maduro change de stratégie. "La politique économique est la même depuis de nombreuses années et je ne vois pas de raison de penser, en me fondant sur le passé, qu'un grand changement s'approche", estime-t-il.

Même si d'autres pays de la région, comme l'Argentine en 2002, ont aussi fait défaut, la situation du Venezuela est particulière. Le pays est la cible de sanctions financières américaines et Washington considère le régime en place comme une dictature.

Le Venezuela est aussi très riche en pétrole et possède des actifs aux Etats-Unis que les créditeurs pourraient saisir en cas de non paiement de la dette, notamment ceux de Citgo, la filiale américaine de la compagnie pétrolière publique PDVSA.

Les sanctions américaines empêchent aussi un déroulement normal des négociations sur une restructuration de la dette vénézuélienne en empêchant les ressortissants américains et les institutions financières implantées aux Etats-Unis d'acheter d'éventuelles nouvelles obligations émises par Caracas.

"Il y a beaucoup plus d'incertitude que dans d'autres opérations de restructuration de la dette", conclut l'analyste de Standard and Poor's.

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