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16/11/2017 12:47 EST

Syrie/ONU: Moscou s'oppose à la prolongation des enquêtes sur les armes chimiques

La Russie a mis jeudi son veto à l'ONU à un projet de résolution rédigé par les Etats-Unis prolongeant d'un an le mandat des experts internationaux enquêtant sur l'utilisation des armes chimiques en Syrie.

Juste avant ce vote, au terme d'un débat procédural tendu entre les ambassadeurs russe et américain au Conseil de sécurité de l'ONU, la Russie avait retiré son propre projet de résolution de la mise au vote. Dans l'après-midi, le représentant russe a toutefois redemandé une mise au vote du texte russe.

Il s'agit du dixième veto russe concernant la Syrie, dont le régime est soutenu par la Russie.

"La Russie a tué le mécanisme d'enquête qui avait un soutien général dans ce Conseil", a dénoncé l'ambassadrice américaine, Nikki Haley. La Russie "nous empêche de dissuader de futures attaques", a-t-elle ajouté. "Le message est clair: la Russie accepte le recours aux armes chimiques en Syrie".

"La France est consternée par ce résultat dû au veto russe", a abondé son homologue français, François Delattre. "La Russie a échoué à promouvoir la paix en Syrie" en "refusant d'être constructive" sur les textes discutés, a lancé l'ambassadeur britannique, Matthew Rycroft.

L'ambassadeur russe à l'ONU, Vassily Nebenzia, a rejeté toutes ces critiques, dénonçant notamment la "malhonnêteté" du Royaume-Uni qui a parlé de "trahison". "La Russie ne pouvait pas voter le projet américain et tout le monde le savait", a-t-il dit.

Le mandat du groupe des enquêteurs de l'ONU et de l'OIAC, appelé JIM, s'achève jeudi à minuit (05H00 GMT vendredi). Selon certains diplomates, après le veto russe, des possibilités existent encore pour une prolongation technique de ce mandat le temps que les Etats-Unis et la Russie se mettent d'accord. Ce cas de figure s'était déjà produit l'an dernier.

Derrière cette question de l'avenir du JIM, c'est l'ensemble du régime de non-prolifération établi par les Nations unies pour interdire dans le monde le recours aux armes chimiques qui est en jeu, selon des diplomates.

Etats-Unis et Russie avaient rédigé deux projets de résolution divergents sur la prolongation du JIM. Ils ne s'accordaient que sur un point: un renouvellement pour un an.

- Bras de fer -

Le texte russe demandait une révision de la mission du JIM et un gel de son dernier rapport impliquant le régime de Bachar al-Assad dans une attaque au gaz sarin en avril.

Washington s'y opposait et, soutenu par les Européens, réclamait dans son texte des sanctions contre les responsables d'utilisation d'armes chimiques en Syrie.

Un peu plus d'une heure avant les votes, le président américain Donald Trump était sorti de son silence sur le sujet. "Il faut que l'ensemble du Conseil de sécurité de l'ONU vote pour renouveler" le mandat du JIM et "faire en sorte que le régime d'Assad ne puisse jamais plus commettre des meurtres de masse avec des armes chimiques", a-t-il tweeté.

La résolution américaine a recueilli 11 voix pour, deux contre (Russie et Bolivie) et deux abstentions. (Chine et Egypte).

Cela fait plusieurs semaines que le renouvellement du mandat du JIM était au centre d'un bras de fer entre Washington et Moscou, divisés sur le dernier rapport des experts onusiens et de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC). Ils ont conclu fin octobre à l'implication d'un avion bombardier du régime syrien dans une attaque au gaz sarin commise le 4 avril à Khan Cheikhoun qui a fait plus de 80 morts.

Depuis, la Russie, qui considère comme Damas que l'attaque découle en réalité de l'explosion d'un obus au sol dans une zone contrôlée par des rebelles et des jihadistes, n'avait cessé de dénoncer des approximations dans le rapport du groupe dirigé par le Guatémaltèque Edmond Mulet.

Le JIM, créé en 2015 sur une initiative américano-russe, examine des dizaines d'attaques chimiques présumées (sarin, chlore...). En vertu d'un accord russo-américain survenu en 2013, les armes chimiques sont bannies de Syrie. Mais trois sites chimiques existent toutefois toujours dans le pays, selon l'OIAC.

En deux ans, le JIM a conclu que les forces syriennes, outre l'affaire de Khan Cheikhoun, avaient été responsables d'attaques au chlore dans trois villages en 2014 et 2015 et que le groupe EI avait utilisé du gaz moutarde en 2015.

prh/kal