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16/11/2017 10:06 EST

Syrie: le sort des enquêteurs sur les armes chimiques scellé jeudi

Le groupe des enquêteurs de l'ONU et de l'OIAC sur l'utilisation des armes chimiques en Syrie, dont le mandat s'achève, fait l'objet jeudi d'un double vote du Conseil de sécurité qui, faute d'entente russo-américaine, pourrait conduire à sa disparition.

Derrière ces scrutins, attendus à 20H00 GMT, c'est l'ensemble du régime de non-prolifération établi par les Nations unies pour interdire dans le monde le recours aux armes chimiques qui est en jeu, selon des diplomates.

Etats-Unis et Russie, qui ont réclamé deux votes séparés, ont rédigé deux projets de résolution divergents sur une prolongation du mandat du groupe d'enquêteurs appelé JIM. Ils ne s'accordent que sur un point: un renouvellement pour un an.

Le texte russe demande une révision de la mission du JIM et un gel de son dernier rapport impliquant le régime de Bachar al-Assad --soutenu par Moscou-- dans une attaque au gaz sarin en avril.

Washington s'y oppose et, soutenu par les Européens, réclame des sanctions contre les responsables d'utilisation d'armes chimiques en Syrie.

Un peu plus d'une heure avant les votes, le président américain Donald Trump est sorti de son silence sur le sujet. "Il faut que l'ensemble du Conseil de sécurité de l'ONU vote pour renouveler" le mandat du JIM et "faire en sorte que le régime d'Assad ne puisse jamais plus commettre des meurtres de masse avec des armes chimiques", a-t-il tweeté.

Les Etats-Unis veulent faire du JIM "un instrument obéissant de manipulation de l'opinion publique", avait dénoncé peu avant le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. "C'est totalement inacceptable" et "la résolution américaine n'a aucune chance d'être adoptée".

"Le JIM n'est pas un outil de l'ouest", a rétorqué l'ambassadeur français à l'ONU, François Delattre. Le JIM "est notre meilleur moyen de combattre le recours aux armes chimiques en Syrie" et sa disparition "serait un revers stratégique majeur pour les fondamentaux de notre sécurité et pour l'avenir du régime de non-prolifération", a-t-il averti.

Pour être adoptée, une résolution doit recueillir neuf voix favorables et ne pas faire l'objet d'un veto de l'un des cinq membres permanents: Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni.

- 'Balle dans le pied' -

Cela fait plusieurs semaines que le renouvellement du mandat du JIM, qui s'achève jeudi soir, est au centre d'un bras de fer entre Washington et Moscou, divisés sur le dernier rapport des experts onusiens et de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC). Ils ont conclu fin octobre à l'implication d'un avion bombardier du régime syrien dans une attaque au gaz sarin commise le 4 avril à Khan Cheikhoun qui a fait plus de 80 morts.

Depuis, la Russie, qui considère comme Damas que l'attaque est en réalité l'explosion d'un obus au sol dans une zone contrôlée par des rebelles et des jihadistes, ne cesse de dénoncer des approximations dans le rapport du groupe dirigé par le Guatémaltèque Edmond Mulet.

Le non-renouvellement du JIM "serait un mauvais signal", concède l'ambassadeur russe à l'ONU, Vassily Nebenzia, "mais la manière dont l'enquête a été menée" sur l'attaque de Khan Cheikhoun "est un signal encore pire".

Ce serait "une victoire" pour les auteurs d'attaques chimiques, "le régime d'Assad et le groupe Etat islamique" (EI), s'est insurgé son homologue britannique Matthew Rycroft, jugeant que le Conseil de sécurité "se tirerait une balle dans le pied" avec une telle issue.

Outre l'avenir du JIM, le Conseil de sécurité est confronté à la question de sanctionner les responsables de l'attaque de Khan Cheikhoun alors que ses membres restent divisés sur leur identité.

Le JIM, créé en 2015 sur une initiative américano-russe, examine des dizaines d'attaques chimiques présumées (sarin, chlore...). En vertu d'un accord russo-américain survenu en 2013, les armes chimiques sont bannies de Syrie. Mais trois sites chimiques existent toutefois toujours dans le pays, selon l'OIAC.

En deux ans, le JIM a conclu que les forces syriennes, outre l'affaire de Khan Cheikhoun, avaient été responsables d'attaques au chlore dans trois villages en 2014 et 2015 et que le groupe EI avait utilisé du gaz moutarde en 2015.

prh/elm