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16/11/2017 05:25 EST

Syrie: le sort des enquêteurs ONU-OIAC sur les armes chimiques scellé jeudi

L'avenir du groupe des enquêteurs de l'ONU et de l'OIAC sur l'utilisation des armes chimiques en Syrie, dont le mandat s'achève, fait l'objet jeudi d'un double vote du Conseil de sécurité sur fond de divisions russo-américaines persistantes.

Derrière ces scrutins, attendus à partir de 20H00 GMT, c'est l'ensemble du régime de non-prolifération établi par les Nations unies pour interdire dans le monde le recours aux armes chimiques qui est en jeu, estiment plusieurs diplomates.

Etats-Unis et Russie, qui ont réclamé deux votes séparés, ont transmis à leurs partenaires du Conseil de sécurité deux projets de résolution divergents sur une prolongation du mandat du groupe d'enquêteurs appelé JIM. Ils ne s'accordent que sur un point: une durée d'un an pour son renouvellement.

Le texte russe demande une révision de la mission du JIM et un gel de son dernier rapport impliquant le régime de Bachar al-Assad dans une attaque au gaz sarin en avril.

Washington s'y oppose et réclame dans son texte des sanctions pour les responsables d'utilisation d'armes chimiques en Syrie. Son projet est soutenu par les membres européens du Conseil.

Les Etats-Unis veulent faire du JIM "un instrument obéissant de manipulation de l'opinion publique", a dénoncé jeudi le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov. "C'est totalement inacceptable" et "la résolution américaine n'a aucune chance d'être adoptée", selon lui.

Pour être adoptée, une résolution doit recueillir neuf voix favorables et ne pas faire l'objet d'un veto de l'un des cinq membres permanents: Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni.

Le renouvellement du mandat du JIM, qui s'achève jeudi soir, est au centre depuis des semaines d'une vive controverse entre Washington et Moscou sur le dernier rapport des experts onusiens et de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC).

Ceux-ci ont conclu fin octobre à l'implication d'un avion bombardier du régime syrien dans une attaque au gaz sarin commise le 4 avril à Khan Cheikhoun qui a fait plus de 80 morts.

Depuis, la Russie, qui considère comme Damas que l'attaque vient de l'explosion d'un obus au sol dans une zone contrôlée par des rebelles et des jihadistes, ne cesse de dénoncer des approximations dans le rapport du groupe dirigé par le Guatelmatèque Edmond Mulet, en fin de contrat avec l'ONU.

- 'Balle dans le pied' -

"Derrière le combat en cours (...) c'est la pérennité du régime de non-prolifération qui est en jeu", affirme à l'AFP l'ambassadeur français à l'ONU, François Delattre. C'est "l'un des acquis les plus précieux des dernières décennies" et son "affaiblissement serait particulièrement dangereux pour les fondamentaux de notre sécurité".

Le non-renouvellement du JIM "serait un mauvais signal", concède son homologue russe, Vassily Nebenzia, "mais la manière dont l'enquête a été menée" sur l'attaque de Khan Cheikhoun "est un signal encore pire".

Pour l'ambassadrice américaine Nikki Haley, le JIM est "le meilleur outil" de l'ONU pour interdire les attaques chimiques. Sa fin serait "une victoire" pour leurs auteurs, "le régime d'Assad et l'Etat islamique" (EI), renchérit l'ambassadeur britannique Matthew Rycroft, jugeant que les membres du Conseil de sécurité "se tireraient une balle dans le pied" en laissant faire cela.

Outre l'avenir du JIM, le Conseil de sécurité est confronté à la question de sanctionner les responsables de l'attaque de Khan Cheikhoun alors que ses membres restent divisés sur leur identité.

Tous les membres du Conseil de sécurité --y compris Moscou-- ont répété ces dernières semaines être en faveur d'un renouvellement du JIM. Ce groupe a été créé en 2015 sur une initiative américano-russe et travaille sur des dizaines d'attaques chimiques présumées (sarin, chlore...).

En vertu d'un accord survenu en 2013 entre Russes et Américains, les armes chimiques sont désormais bannies de Syrie. Trois sites chimiques existent toutefois toujours dans le pays, selon l'OIAC.

En deux ans, le JIM, qui compte une trentaine d'experts répartis entre New York et La Haye, siège de l'OIAC, a conclu que les forces syriennes, outre l'affaire de Khan Cheikhoun, avaient été responsables d'attaques au chlore dans trois villages en 2014 et 2015 et que le groupe EI avait utilisé du gaz moutarde en 2015.

prh/elm