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16/11/2017 03:16 EST

Saad Hariri libre de partir selon Ryad, prévoit d'aller en France

Le Premier ministre libanais démissionnaire Saad Hariri est libre de quitter l'Arabie saoudite "quand il veut", a assuré jeudi le chef de la diplomatie saoudienne, réfutant les accusations sur son assignation à résidence à Ryad.

Cette déclaration est intervenue à l'occasion de la visite à Ryad du ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian qui a de son côté indiqué que M. Hariri allait se rendre en France à une date non précisée, à l'invitation du président Emmanuel Macron.

Le 4 novembre et à la surprise générale, M. Hariri a annoncé depuis la capitale saoudienne sa démission en accusant l'Iran et son allié libanais, le Hezbollah, de "mainmise" sur le Liban, et en disant craindre pour sa vie.

Depuis, informations et rumeurs ont circulé sur une interdiction de M. Hariri de quitter le royaume saoudien après avoir été "contraint" à la démission. Et mercredi le président libanais Michel Aoun n'a pas hésité à affirmer que le Liban le considérait "en captivité et détenu" à Ryad.

Mais jeudi, le ministre saoudien des Affaires étrangères Adel al-Jubeir a affirmé que "Hariri est ici de sa propre volonté et il peut partir quand il veut".

"Hariri est un citoyen saoudien et un citoyen libanais et en tant que tel, on ne peut pas le retenir, ce sont des allégations mensongères", a ajouté M. Jubeir, le premier responsable saoudien de ce rang à clarifier publiquement le statut du Premier ministre démissionnaire.

Agé de 47 ans et détenteur également de la nationalité saoudienne, M. Hariri, un "protégé" de l'Arabie saoudite, a démissionné un an après être parvenu à former un gouvernement avec le Hezbollah chiite proiranien dans un pays aux fragiles équilibres.

Son annonce a pris de court la classe politique libanaise et fait craindre une escalade des tensions entre l'Arabie saoudite sunnite et l'Iran chiite, les deux puissances régionales rivales.

Et même si M. Hariri a assuré être "libre" de ses mouvements, les spéculations sont allées bon train au Liban sur une interdiction de voyage.

- Rencontre Le Drian-Hariri -

M. Jubeir a fait ces déclarations lors d'une conférence de presse conjointe avec M. Le Drian qui a rencontré M. Hariri dans l'après-midi à Ryad, après des entretiens avec le prince héritier Mohammed ben Salmane et avec son père, le roi Salmane.

La France, qui s'est démenée pour trouver une issue à la crise, a créé la surprise mercredi, l'Elysée annonçant que M. Hariri "devrait arriver en France dans les prochains jours", à l'invitation d'Emmanuel Macron.

"M. Hariri a accepté l'invitation du président de la République à se rendre en France", a dit jeudi M. Le Drian à des journalistes, dont l'AFP, avant la conférence de presse. "Il va venir en France" et le prince héritier et homme fort d'Arabie saoudite, "en a été informé".

Interrogé sur la date de sa venue, le ministre français a dit: "l'agenda de M. Hariri appartient à M. Hariri".

M. Hariri viendra "quand il le souhaitera et dès qu'il le souhaitera", a de nouveau déclaré M. Le Drian lors de la conférence de presse, en soulignant que le Liban devrait rester "à l'abri des ingérences étrangères".

Il a abondé dans le sens de l'Arabie saoudite à propos de l'Iran, dénonçant la "tentation hégémonique" de Téhéran et s'inquiétant de son programme de missiles balistiques.

- 'Début d'une solution' -

D'ailleurs, la démission de M. Hariri a été immédiatement perçue comme un nouveau bras de fer entre l'Arabie saoudite et l'Iran.

Mais son annonce a aussi coïncidé avec une purge sans précédent contre la "corruption" en Arabie saoudite, qui a visé des princes, des ministres et des hommes d'affaires.

Au Liban, M. Aoun a affirmé qu'il attendrait le retour de M. Hariri de Paris pour discuter de sa démission, confirmant ainsi que le Premier ministre démissionnaire allait se rendre en France.

Il a "espéré une fin à la crise", dans des tweets sur le compte de la présidence libanaise. "L'acceptation par M. Hariri de l'invitation à se rendre en France est le début d'une solution", a ajouté M. Aoun.

"J'attendrai le retour du Premier ministre Hariri de Paris pour décider des prochaines mesures concernant le gouvernement", a-t-il poursuivi.

Michel Aoun avait été élu en 2016 grâce au soutien massif du puissant Hezbollah, allié de l'Iran. M. Hariri avait ensuite formé son gouvernement avec le Hezbollah après un compromis.

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