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16/11/2017 02:37 EST

Nigeria: la police disperse un rassemblemet contre les expulsions forcées à Lagos

La police a dispersé dans la nuit de mercredi à jeudi un rassemblement de centaines d'habitants des bidonvilles de Lagos réclamant un dédommagement pour avoir été violemment expulsés de chez eux depuis l'an dernier.

Environ 600 personnes du secteur d'Otodo-Gbame, dont des femmes et des enfants, s'étaient rassemblées mercredi devant le bureau du gouverneur de l'Etat.

Plus de 30.000 personnes se sont retrouvées à la rue depuis un an, suite à une vaste opération d'expulsion lancée par les autorités municipales afin de supprimer les bidonvilles de la mégapole nigériane.

Au moins 11 personnes seraient mortes et 17 autres auraient disparu lorsque les forces de l'ordre et les bulldozers ont investi Otodo Gbame, obligeant les habitants à fuir jusque dans la lagune.

Mardi, Amnesty International a publié un rapport dénonçant les évictions "illégales" de pêcheurs pauvres et exigé une enquête sur les violences.

Selon le groupe de pression Initiatives pour la justice et l'autonomisation (JEI), la police est intervenue après que les manifestants aient décidé de rester passer la nuit dans l'espoir d'interpeller le gouverneur.

Peu après minuit, la police de l'Etat de Lagos "a pris d'assaut le lieu de la manifestation et a commencé à tabasser les manifestants pacifiques", a déclaré la présidente de JEI, Megan Chapman.

"Ils avaient amené trois fourgons cellulaires (...) et ont arrêté de nombreux manifestants, surtout des hommes", a-t-elle dit.

D'après Mme Chapman, une cinquantaine de manifestants ont ainsi été embarqués dans chaque fourgon. Une estimation partagée par Morayo Adebayo, chercheur d'Amnesty International Nigeria.

Pour Raymond Gold, de la Fédération nigériane des bidonvilles et de l'habitat informel, "une centaine" de manifestants se trouvent toujours en détention.

"Certains d'entre eux ont été blessés" et des avocats ont été mandatés pour obtenir leur libération, a-t-il déclaré à l'AFP.

Le JEI a condamné "l'usage de la force et l'arrestation illégale de manifestants pacifiques qui sont venus réclamer justice et mettre un terme aux expulsions forcées qui affligent les citadins pauvres".

Le porte-parole de la police de l'Etat de Lagos, Olarinde Famous-Cole, a dit ne pas disposer d'informations sur les arrestations, affirmant que le rassemblement avait été "dispersé mercredi vers 14h00" locales (13h00 GMT).

Otodo-Gbame, situé entre deux quartiers huppés en plein boom immobilier, est l'un des nombreux bidonvilles de Lagos rasés au profit du développement urbain ces dernières décennies.

En 1990, les autorités avaient chassé 300.000 personnes de leurs maisons pour démolir Maroko, adossé à la banlieue chic de l'île Victoria.

Les expulsés accusent le gouvernement d'avoir fait affaire avec une famille éminente de Lagos pour s'accaparer les terres et les vendre au plus offrant.

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