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16/11/2017 14:46 EST

Le pigeon migrateur américain disparu avait besoin de grands groupes pour survivre

Le mystère de l'extinction soudaine du pigeon migrateur nord-américain, disparu au début du 20e siècle, s'explique par son incapacité génétique à vivre dans de petits groupes, avancent des scientifiques dans une étude publiée jeudi dans la revue Science.

Quand les premiers colons sont arrivés en Amérique du nord, ces pigeons étaient particulièrement nombreux, avec une population de trois à cinq milliards, selon les estimations.

La disparition de ces oiseaux, légèrement plus petits et colorés que leurs cousins européens, a résulté de la chasse massive au 19e siècle pour leur viande et de la nuisance qu'ils représentaient pour les cultures agricoles.

Mais le fait que ces pigeons n'aient pas pu survivre au moins dans quelques poches isolées, vu leur immense population à l'origine, restait inexpliqué.

"Les pigeons migrateurs nord-américains ont prospéré pendant des dizaines de milliers d'années avant de connaître une extinction soudaine et paradoxalement leur énorme population pourrait bien avoir été un facteur", explique Beth Shapiro, professeur d'écologie et de biologie à l'Université de Californie à Santa Cruz, principale co-auteure de l'étude.

Ces scientifiques ont pu récupérer de l'ADN sur une quarantaine de spécimens de pigeons naturalisés dans des musées ce qui leur a permis de déterminer leur diversité génétique et aussi la taille de leur population juste avant leur extinction.

Ils ont découvert que la sélection naturelle était extrêmement efficace chez ces oiseaux parmi lesquels les mutations génétiques bénéfiques se propageaient rapidement tandis que celles qui étaient néfastes disparaissaient tout aussi vite.

Ce phénomène a entraîné une perte de diversité génétique dans l'ensemble du groupe car il y avait moins de matériaux génétiques bruts pour s'adapter au changement, en l'occurrence celui provoqué par les humains, expliquent ces biologistes.

Avant leur extinction, ces pigeons avaient une vaste population très stable pendant au moins 20.000 ans, estiment-ils.

Ils ont ainsi survécu à la dernière période glaciaire et au changement climatique drastique qui a suivi avec le réchauffement, pointent-ils.

Généralement, les scientifiques estiment qu'une grande population connaît un haut degré de diversité génétique qui lui offre une protection contre une extinction, expliquent les chercheurs.

Dans le cas des pigeons, leur faible diversité génétique ne posait pas de problème avant l'arrivée des colons étant donné qu'ils étaient particulièrement adaptée pour vivre dans des groupes très denses avec des défenses contre les prédateurs, des stratégies pour trouver de la nourriture et aussi pour s'accoupler.

En revanche, les résultats de cette étude suggèrent que les pigeons migrateurs d'Amérique, trop adaptés à un mode de vie grégaire, n'ont pas pu survivre dans de petits groupes épars une fois que leur nombre a commencé à diminuer rapidement, estiment ces scientifiques.

Selon eux, cette étude procure une nouvelle optique sur la vulnérabilité des espèces en montrant que mêmes les grandes populations peuvent disparaître.

js/kal