NOUVELLES
16/11/2017 03:08 EST

L'opposant Mammadov fait une nouvelle fois condamner Bakou devant la CEDH

L'opposant azerbaïdjanais Ilgar Mammadov, incarcéré depuis 2013 pour avoir "critiqué le gouvernement", a été victime d'un procès inéquitable et "arbitraire", a jugé jeudi la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH).

"Nous demandons la libération d'Ilgar Mammadov", a réagi sur Twitter Daniel Holtgen, le porte-parole du secrétaire général du Conseil de l'Europe, Thorbjorn Jagland.

M. Mammadov, 47 ans, a été arrêté en 2013 à quelques mois de l'élection présidentielle alors qu'il était censé présenter sa candidature au scrutin.

Il a été condamné en 2014 à sept ans de prison pour "incitation à des troubles antigouvernementaux", en l'occurrence pour avoir participé à l'organisation d'actions de protestation dans la ville d'Ismaïlli, dans le centre du pays, et pour avoir résisté aux forces de l'ordre.

En mai 2014, la CEDH avait une première fois condamné Bakou dans ce dossier, en se penchant plus particulièrement sur l'arrestation et la détention provisoire de l'opposant. Elle avait alors estimé que M. Mammadov avait été incarcéré "sans aucune preuve" et dans le but de "le réduire au silence ou de le punir d'avoir critiqué le gouvernement" azerbaïdjanais.

La nouvelle décision des juges européens, rendue jeudi, porte cette fois sur le procès de l'opposant, en 2014. Cette procédure pénale a été entachée de "graves défaillances", a estimé la Cour.

Les tribunaux azerbaïdjanais ont notamment accordé une confiance "déraisonnable ou arbitraire" dans les témoignages à charge, a-t-elle fait valoir.

De ce fait, "la condamnation de M. Mammadov reposait sur des éléments de preuve discutables ou dénaturés et ses objections à cet égard n'ont pas été suffisamment prises en compte. Les preuves en sa faveur ont systématiquement été écartées d'une manière insuffisamment justifiée ou manifestement déraisonnable", a conclu la Cour, qui a ordonné à Bakou de verser 10.000 euros à l'opposant, au titre de son dédommagement moral.

En septembre, les représentants des 47 Etats membres du Conseil de l'Europe avaient appelé Bakou à libérer M. Mammadov, pour se conformer au premier jugement de la CEDH.

Le Comité des ministres de l'organisation paneuropéenne, réuni à Strasbourg, avait alors exprimé sa "vive inquiétude" quant au maintien en prison de M. Mammadov, "trois ans après le jugement définitif" de la CEDH.

En Azerbaïdjan, une ancienne république soviétique riche en hydrocarbures, toute contestation publique du régime du président Ilham Aliev provoque aussitôt une réaction sévère des autorités.

ab/fd/sg