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16/11/2017 08:22 EST

Gouvernement allemand: dernière ligne droite difficile pour Merkel

Angela Merkel a reconnu jeudi l'existence de "différences profondes" entre conservateurs, libéraux et écologistes qui tentent de trouver un compromis pour former un gouvernement en Allemagne, faute de quoi des législatives anticipées risquent d'être convoquées.

"Je pense qu'on peut réussir, moi j'en ai la volonté même si c'est un travail difficile", a-t-elle ajouté près de deux mois après les législatives qui n'ont pas donné à l'Allemagne de majorité évidente.

C'est sur ce ton raisonnablement optimiste qu'ont repris en début d'après-midi les négociations en cercle restreint, c'est-à-dire avec les principaux négociateurs de chaque formation. La réunion se poursuivait à 17H00 GMT sans que rien n'ait filtré.

Les discussions pour cette coalition "Jamaïque", en référence aux couleurs noire-jaune-verte des conservateurs, libéraux et écologistes, pourraient se prolonger jusque tard dans la nuit de jeudi à vendredi.

Depuis près d'un mois, ces partis aux positions souvent très éloignées ont mené des discussions tendues, ponctuées de querelles étalées sur la place publique, visant à savoir s'ils peuvent diriger ensemble le pays.

Ils doivent désormais annoncer s'ils renoncent ou s'ils passent à l'étape suivante, c'est-à-dire l'élaboration d'un "contrat de coalition" avec l'objectif de former, au plus tôt d'ici Noël, un quatrième gouvernement sous la férule d'Angela Merkel.

- Merkel joue sa carrière -

Après une victoire décevante aux législatives en septembre et une percée de l'extrême-droite, celle qui dirige la première économie européenne depuis douze ans n'est pas en mesure de faire la fine bouche sur ses futurs alliés gouvernementaux.

Le parti social-démocrate (SPD) a en effet choisi une cure d'opposition après un score historiquement bas aux élections. Il a clairement dit qu'il n'entrera pas dans un nouveau gouvernement avec Angela Merkel.

"Pour la chancelière, ce n'est pas seulement son prochain mandat qui dépend de la réussite de la coalition Jamaïque, mais aussi la poursuite de sa carrière politique", estime le journal populaire Bild.

Au fil des semaines, le soutien de la population envers cet attelage politique sans précédent s'est sérieusement érodé.

Mais si les partis n'arrivent pas à s'accorder, alors "de nouvelles élections sont inéluctables. Et personne n'en veut", pointe l'hebdomadaire Der Spiegel.

Car elles risquent de profiter avant tout à l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), parti d'extrême-droite qui avec près de 13% a fait une entrée historique à la chambre des députés.

Avant d'en arriver là, les protagonistes pourraient s'accorder un délai de grâce. Le numéro deux du parti libéral FDP Wolfgang Kubicki a ainsi évoqué une prolongation de quelques jours.

-Réfugiés, Climat et Europe -

Car les points de discorde, qui plus est sur des sujets centraux, restent nombreux, comme en témoigne un document de travail d'une soixantaine de pages, potentielle feuille de route vers un nouveau gouvernement, que l'AFP a pu consulter.

Les Verts, qui ont fait de nombreuses concessions comme l'abandon d'un impôt sur la fortune, se montrent particulièrement fermes en matière de politique migratoire, sujet sensible dans un pays qui a accueilli plus de 1 million de demandeurs d'asile depuis 2015.

Ils rejettent le projet des conservateurs de limiter à 200.000 le nombre de demandeurs d'asile autorisés à entrer dans le pays par an et insistent sur une reprise l'an prochain des regroupements familiaux pour les catégories de réfugiés qui en sont privés. Ce que les autres partis, soucieux de la montée de l'AfD, refusent catégoriquement.

Sur le climat, les Verts, qui ont renoncé à des revendications majeures comme la fin des moteurs à combustion et des centrales à charbon à l'horizon 2030, exigent en échange de leurs partenaires une proposition plus ambitieuse sur l'objectif de réduction des émissions de CO2, jusqu'ici en vain.

L'autre grand sujet de discorde est la politique européenne. Selon le document, les libéraux excluent tout budget européen qui pourrait servir à aider un pays de la zone euro frappé par une crise, comme le propose le président français Emmanuel Macron, tandis que les conservateurs font preuve d'une certaine ouverture et les écologistes soutiennent pleinement l'idée.

"Nous voulons que les déclarations selon lesquelles nous sommes tous des Européens convaincus soient suivies de faits concrets", a déclaré le co-dirigeant des Verts Cem Özdemir avant la reprise des discussions. Cela veut dire "saisir la main tendue" par Emmanuel Macron, a-t-il dit.

bur-ilp/dac/pg