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15/11/2017 06:12 EST

Nicolas Leoz, parrain du football sud-américain, miraculé du Fifagate

Alors que le procès de la corruption au sein des instances internationales du football s'est ouvert à New York, l'ancien patron du football sud-américain Nicolas Leoz coule des jours paisibles dans sa propriété d'Asuncion.

Le président de la Confédération sud-américaine de football (Conmebol) de 1986 à 2013 est assigné à résidence, mais le mandat d'arrêt international émis par la justice américaine n'a aucune chance de l'atteindre.

Avec les Brésiliens Joao Havelange et Ricardo Teixeira ainsi que l'Argentin Julio Grondona, le Paraguayen Nicolas Leoz avait la haute main sur le football sud-américain des années 1980 jusqu'au au début des années 2010.

"Ils étaient les cerveaux de la corruption en Amérique du sud, c'est eux qui devraient être jugés. Ce sont des bandits, ils ont volé beaucoup d'argent", affirme à l'AFP Andrew Jennings, auteur du livre "Le scandale de la Fifa".

Joao Havelange et Julio Grondona sont morts. Nicolas Leoz est assigné à résidence, soupçonné d'avoir touché des pots-de-vin en échange de l'attribution des droits TV de compétitions organisées par la Conmebol, notamment la Copa América, équivalent de l'Euro en Amérique du sud.

- Pots-de-vin ou commissions? -

Nicolas Leoz "a 89 ans, il a une santé précaire, et avec le temps, ça s'aggrave, il a une infirmière à domicile 24 heures sur 24. Cela fait quatre ans qu'il ne voyage plus en avion", plaide son avocat, Ricardo Preda.

"Nous sommes convaincus que la demande d'extradition ne pourra pas prospérer. Sans aborder le fond, les faits qui lui sont reprochés aux Etats-Unis ne sont pas punissables au Paraguay", dit-il, précisant que les "pots-de-vins" présumés sont considérés dans le pays sud-américain comme des commissions car il s'agit d'argent versé entre personnes privées. C'est un délit s'ils sont versés à un organisme public ou à un fonctionnaire, précise l'avocat.

Nicolas Leoz nie les accusations portées contre lui. Coïncidence ou accident de santé réel, le jour du coup de filet en Suisse qui a visé son successeur Eugenio Figueredo, Nicolas Leoz avait été admis d'urgence dans son propre hôpital, situé dans le centre de la capitale paraguayenne.

- Soutien au Qatar -

Il dispose d'une suite au dernier étage du Sanatorio Migone, un établissement privé ultra-moderne. Aucune chance qu'un diagnostic favorable à une extradition soit délivré: il a placé un de ses gendres à la tête de l'hôpital.

En juin, s'estimant lésée, la Conmebol s'est retournée contre Nicolas Leoz et a porté plainte contre lui pour abus de confiance, association criminelle, blanchiment d'argent. En 2016, il avait été cité dans les Panama Papers pour apparaître dans les registres de société offshore.

"La Conmebol a procédé à un audit, qui a mis en évidence des virements pour plus de 110 millions de dollars de la Conmebol vers des comptes de Nicolas Leoz, validés par le comité exécutif, sans justificatifs, les sommes sont parvenues sur ses comptes personnels, puis transférées à des sociétés aux Etats-Unis", affirme à l'AFP l'avocat de la Conmebol, Osvaldo Granada.

"Malheureusement, la justice du Paraguay retarde les investigations", regrette l'avocat.

Leoz, ex-vice-président de la Fifa, fait également partie des dirigeants soupçonnés d'avoir reçu des pots-de-vin pour soutenir la candidature du Qatar pour le Mondial-2022.

A Asuncion, ce père de quatre enfants vit avec sa deuxième épouse, une Colombienne deux fois plus jeune que lui, dans le quartier de Villa Mora, où résident les Paraguayens les plus fortunés.

Au Paraguay, Leoz, journaliste de formation, est propriétaire d'une usine de fabrication d'édulcorant, de fermes d'élevage de bovins et d'un grand parc immobilier. Le club de football Libertad, qu'il a présidé dans les années 1970, joue d'ailleurs dans le "Stade Nicolas Leoz".

Pendant ces années-là, regrette régulièrement le nouveau patron de la Conmebol, Alejandro Dominguez, "l'objectif était l'argent, et le football, un moyen pour l'obtenir".

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