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15/11/2017 03:40 EST

Le Parlement européen s'inquiète des réformes judiciaires en Pologne

Les réformes de la justice en Pologne, menées par l'actuel gouvernement conservateur et dénoncées par l'UE, font courir un risque de "violation grave" des valeurs fondamentales de l'Union et de l'Etat de droit, s'est inquiété mercredi le Parlement européen.

Dans une résolution adoptée à une large majorité à Strasbourg --mais sans les voix des élus conservateurs polonais-- le Parlement s'est déclaré "profondément préoccupé" par ces réformes, qui selon lui pourraient "porter atteinte à l'indépendance du pouvoir judiciaire de manière structurelle et affaiblir l'Etat de droit en Pologne".

Fin septembre, la Commission européenne avait souligné qu'il restait encore "beaucoup à faire" pour lever les menaces qui pèsent sur l'Etat de droit en Pologne.

Les échanges tendus entre Bruxelles et le gouvernement polonais n'ont donné aucun résultat depuis plus d'un an. Varsovie refuse d'appliquer les "recommandations" de l'exécutif européen pour modifier ses vastes réformes, défendant sa liberté d'assainir une magistrature décrite comme une "caste" corrompue.

"Nous avons maintenant envoyé quatre lettres depuis juillet aux autorités polonaises, pour les inviter à nous rencontrer", a souligné mercredi devant les eurodéputés le vice-président de la Commission, Frans Timmermans. Varsovie n'a pas répondu, mais l'invitation "tient toujours", a-t-il ajouté.

"Un dialogue, ça se mène à deux. S'il y a un sourd dans le dialogue, c'est difficile à organiser", a ironisé à ce propos le chef de file des eurodéputés socialistes, Gianni Pittella.

Les élus polonais membres du parti conservateur au pouvoir ont soumis au vote --sans succès-- une résolution dénonçant "l'ingérence des institutions de l'Union" et demandant le respect de la "souveraineté" de leur pays.

Ces réformes controversées ont été décidées par une majorité qui tire sa légitimité des électeurs, ont-ils souligné pendant le débat ayant précédé le vote.

"On ne peut pas invoquer la démocratie contre l'Etat de droit", leur a répondu M. Timmermans. "L'UE ne peut pas fonctionner si les Etats membres disent +parmi les règles (s'appliquant aux Etats), je choisis celles qui me plaisent et celles que je rejette+".

"Vous ne pouvez pas dire: +je suis une nation souveraine, les règles je m'en fiche+", a-t-il ajouté.

Depuis qu'il a été constitué en octobre 2015, le gouvernement conservateur du parti Droit et Justice a engagé une série de réformes touchant tant au Tribunal constitutionnel qu'aux tribunaux de droit commun et au Conseil national de la magistrature, critiquées par les milieux judiciaires polonais et la Commission européenne.

Ces derniers y voient une tentative de soumettre le pouvoir judiciaire au pouvoir exécutif, tandis que les conservateurs déclarent qu'il s'agit de mettre fin à l'impunité de la "caste corrompue" des juges.

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