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15/11/2017 02:48 EST

France: A Calais, pas de trêve hivernale pour les migrants

"Mon anniversaire est dans quelques jours, mais je ne crois pas que je vais le fêter": comme Mohamed, les 500 à 700 migrants de Calais, dans le nord de la France, subissent la morsure du froid en l'absence totale d'abri après le démantèlement de la "jungle".

A midi, la distribution de nourriture proche du centre-ville agglomère autour de la camionnette de l'Auberge des migrants des grappes d'exilés. Ils viennent recharger leur portable, mais surtout leurs propres batteries, bien entamées par le climat venteux et le manque de sommeil.

Sur le visage de Mohamed, Syrien de 23 ans, se lit déjà la lassitude, lui qui n'est arrivé que depuis quatre jours à Calais, port français où échouent des milliers de migrants espérant rejoindre le Royaume-Uni dont on aperçoit les côtes toutes proches.

Après le démantèlement, en octobre 2016, de la "jungle", l'immense bidonville qui s'était installé près du port, les migrants n'ont plus aucun abri.

Mais en se réchauffant les mains autour d'une barquette de ragoût, il relativise: "C'est rude. Il fait vraiment froid. Mais moi au moins, je n'ai pas de problème de vêtements et j'ai un sac de couchage".

Son alter ego syrien du même nom, Mohamed, 30 ans, n'a pas la même "chance". "J'ai besoin de meilleures chaussures", confie-t-il en montrant plusieurs trous. "Je demande tous les jours" aux associatifs, en vain.

La pénurie de chaussures est en effet l'une des préoccupations majeures du moment. Elle est entretenue par les pouvoirs publics, dénoncent certaines associations. "Les biens sont confisqués et détruits systématiquement, du sac de couchage aux tentes en passant par les chaussures et les biens personnels", rapporte Franck Esnée, coordinateur régional pour Médecins du Monde.

"On doit redistribuer ça toutes les semaines, voire plus", abonde Sylvain Marty en montrant un rayonnage entier de sacs de couchage dans le hangar de son association, l'Auberge des migrants. Il grince: "Les exilés ne comprennent pas pourquoi il y a des blancs-becs qui leur amènent des couvertures et d'autres blancs-becs qui les reprennent le jour d'après".

Sollicitée par l'AFP, la préfecture du Pas-de-Calais, représentant l'Etat dans le département où se situe Calais, a reconnu que "des opérations de démantèlement ont lieu". Quand ils sont présents, "les migrants sont systématiquement invités à conserver leurs effets personnels", ajoute-t-elle. S'ils sont absents, par exemple pour se rendre à une distribution de nourriture, ces "effets" sont en revanche emportés.

- Hypothermie -

"Je suis ici depuis quatre mois, je dors dans la rue", souffle Girmoy, Erythréen de 42 ans, avant de faire la queue pour manger. "Je suis seul. 24 heures sur 24 j'ai froid"

En début de semaine, une quarantaine de policiers sont arrivés, s'ajoutant aux 1.130 policiers et gendarmes travaillant dans la région, dont 440 dédiés à la "problématique migratoire", selon les autorités publiques.

"L'Etat doit entendre que la solution, ce n'est pas de faire comme si les migrants étaient invisibles", estime Franck Esnée. "Le plan grand froid ne permettra vraisemblablement une mise à l'abri qu'à partir de - 5 degrés (le jour, et - 10 la nuit, ndlr), c'est insuffisant".

Selon lui, les migrants qui occupent l'une des 300 places des quatre Centres d'accueil et d'examen des situations (CAES) ouverts par l'Etat dans la région repartent sur le littoral après une ou deux nuits. La plupart n'a aucune intention de demander l'asile en France.

Face aux conditions extrêmes, la tentation de la boisson a pu exister. La maire Les Républicains (droite) de Calais Natacha Bouchart avait fin octobre vilipendé des migrants qui "boivent beaucoup, au litre, de la vodka, et provoquent plus de rixes". Le viol présumé d'une Calaisienne par un Erythréen de 22 ans quelques jours plus tard a alimenté sa rhétorique.

Tout en condamnant ces termes, Sylvain Marty admet avoir organisé "plusieurs réunions avec certains pour leur dire de se calmer sur l'alcool, ce qu'ils ont fait". Les premières victimes étaient les migrants eux-mêmes: "Un matin, j'ai ramassé quelqu'un en hypothermie, il n'arrivait pas à se réveiller avec l'alcool de la veille, il a dû rester deux jours à l'hôpital".

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