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15/11/2017 04:25 EST

Décès de l'ethnologue et anthropologue Françoise Héritier à l'âge de 84 ans

Françoise Héritier, un des très grands noms de l'anthropologie française, est morte à l'âge de 84 ans, a-t-on appris mercredi auprès de son éditrice Odile Jacob.

"Françoise Héritier, que j'aimais tant, nous a quittés cette nuit. Au-delà de ma tristesse, je garderai en mémoire le souvenir d'une femme d'exception: grande intellectuelle, mais sensible, modeste et profonde. Elle était une amie. Elle était et restera un modèle", a écrit l'éditrice sur son compte Twitter.

Professeur honoraire au Collège de France, un prestigieux établissement public où elle avait succédé à Claude Lévi-Strauss, elle avait inauguré la chaire "d'étude comparée des sociétés africaines".

Au centre de ses recherches, figurait l'étude des fondements universels de la domination masculine : "on dit qu'un homme ne peut pas épouser telle ou telle femme. Mais il n'est jamais dit qu'une femme ne peut pas épouser tel ou tel homme. En fait, les femmes n'ont jamais été des sujets de droit parlant dans les textes historiques".

Auteur de livres savants, elle avait su toucher le grand public en 2012 avec son petit ouvrage "Le goût du sel", délicieuse méditation sur son enfance.

Née le 15 novembre 1933 à Veauche, dans le centre de la France, elle arrive à Paris en 1946 où, rêvant d'être égyptologue, elle sera étudiante en histoire et en géographie à La Sorbonne. Un jour, elle assiste à un cours sur la chasse aux aigles chez les Hidatsa (tribu du Dakota): un séminaire de Claude Lévi-Strauss, qui agit sur elle comme une "révélation".

Elle décide alors d'orienter sa carrière, et sa vie, vers l'anthropologie sociale.

En 1958, elle part en Haute-Volta (devenue Burkina Faso) étudier les Samo, puis chez les Dogon au Mali. Elle va séjourner, lors de différentes missions, cinq ans en Afrique.

En 1967, elle rejoint le CNRS où elle sera plus tard maître de recherches. Pour ses travaux sur le fonctionnement des systèmes de parenté et d'alliance, elle reçoit en 1978 la médaille d'argent du CNRS. Pour elle, la parenté n'est qu'une "construction idéologique" car "rien de ce que nous faisons ou pensons, systèmes de vie, d'attitude et de comportement, n'est issu directement de lois naturelles".

En 1982, elle succède à Claude Lévi-Strauss au Collège de France. Sa chaire s'intitule : "Étude comparée des sociétés africaines".

Obtenir cette chaire ne coula pas de source : "les professeurs du Collège de France étaient des hommes intelligents et courtois, racontait-elle. Cela n'a pas empêché certains, lors de mon élection, de barrer mon nom, par principe, du seul fait que j'étais une femme. Je pense avoir toujours été considérée comme leur égale, intellectuellement. Cependant, j'ai souvent senti, derrière la courtoisie, quelque chose de l'ordre de la condescendance".

"De petite taille, longtemps d'allure fragile, elle était depuis des années handicapée par une maladie auto-immune qui attaque les cartilages et la contraint à un traitement à la cortisone, qu'elle affronte en philosophe (...). Elle aime trop la vie pour se morfondre", avait écrit en 2009 Michel Winock dans la revue "L'Histoire", soulignant son caractère "optimiste".

Le jury (exclusivement féminin) du prix Femina lui avait remis la semaine dernière un prix spécial pour l'ensemble de son oeuvre. Elle venait de publier "Au gré des jours" où elle se confiait et faisait partager, selon son éditeur, "son amour des mots et son goût de vivre".

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