NOUVELLES
06/11/2017 04:37 EST

Turquie: Erdogan lance un projet d'opéra à Istanbul

Le président turc Recep Tayyip Erdogan a lancé lundi un projet d'opéra sur l'emblématique place Taksim d'Istanbul, assurant que cette salle de spectacle deviendra un "symbole" de la Turquie.

"Une fois terminé et ouvert au public au premier trimestre 2019, (cet opéra) sera un honneur et un symbole pour Istanbul et notre pays", a déclaré M. Erdogan lors d'un discours de lancement au cours duquel ont été dévoilées des images des maquettes du futur opéra.

Cette salle de spectacle, qui devrait accueillir jusqu'à 2.500 personnes, remplacera le Centre Culturel Atatürk (AKM), nommé en l'honneur du fondateur de la Turquie moderne, inauguré en 1969 et laissé à l'abandon depuis 2008.

La destruction de ce mastodonte à la façade en verre fait polémique en Turquie, où tout ce qui touche à l'héritage de Mustafa Kemal Atatürk déchaîne les passions: pour certains, l'AKM est le symbole de la République moderne fondée par Atatürk -- qui était féru d'opéra -- et doit être rénové au lieu d'être démoli.

Mais M. Erdogan a balayé lundi les critiques, affirmant que "le nouvel AKM bénéficiera le plus à ceux qui ont saboté ce projet depuis des années".

Murat Tabanlioglu, l'architecte en charge du projet, est le fils de l'architecte qui a construit le bâtiment originel. Signe, selon M. Erdogan, que ce projet "ne tourne pas le dos à l'histoire".

"Depuis ses débuts (...), l'AKM a vécu, mais il a vieilli et n'est plus en état d'être utilisé", a déclaré M. Tabanlioglu lundi, affirmant que le nouvel opéra serait ouvert 365 jours par an, et qu'il s'agirait de "l'un des plus grands du monde".

Pour Sami Yilmaztürk, responsable de la branche stambouliote de l'Ordre des architectes turcs, "l'AKM est un héritage culturel qui doit être protégé", au même titre que l'ex-basilique Sainte-Sophie ou la Mosquée Bleue, joyaux du patrimoine culturel et architectural de Turquie.

"Démolir l'AKM (...) est une attaque contre la Turquie contemporaine", estime-t-il, puisque selon lui le bâtiment lui-même représente les valeurs de la République moderne.

La place Taksim, que l'opéra dominera, est souvent l'épicentre des manifestations politiques, comme ce fut le cas lors des protestations dites de Gezi en 2013 contre M. Erdogan, alors Premier ministre, ou les rassemblements de ses partisans en 2016 après un putsch manqué.

Le président turc a annoncé lundi que la place serait à l'avenir rendue entièrement piétonne, la circulation des voitures se faisant par des voies souterraines.

fo-lsb/ezz/sg