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06/11/2017 06:25 EST

Liberia: l'élection présidentielle "suspendue" par la Cour suprême

La Cour suprême a suspendu lundi l'élection du nouveau président libérien, en ordonnant à la Commission électorale nationale (NEC) d'examiner un recours d'un parti d'opposition.

Complexes, les procédures judiciaires pourraient prendre plusieurs semaines, même si la Cour suprême a enjoint la commission électorale d'agir au plus vite.

Les plus de deux millions d'électeurs, qui étaient appelés aux urnes mardi pour départager le sénateur et ex-star du foot George Weah et le vice-président sortant, Joseph Boakai, arrivés largement en tête lors du premier tour le 10 octobre, devront donc encore patienter pour désigner le successeur de la présidente Ellen Johnson Sirleaf.

La décision de la Cour suprême, attendue, fait néanmoins peser de nouvelles incertitudes sur la première transition démocratique depuis des décennies dans ce petit pays anglophone d'Afrique de l'Ouest, l'un des plus pauvres au monde.

Elue en 2005 et réélue en 2011, Mme Sirleaf est parvenue, malgré un bilan économique mitigé, à maintenir la paix dans son pays. Elle n'était pas autorisée à se représenter.

La Cour suprême a interdit à la NEC d'organiser le second tour "jusqu'à ce qu'elle ait examiné les recours" du candidat arrivé en troisième position avec 9,6% des voix, l'avocat et vétéran de la politique Charles Brumskine.

Sa formation, le Parti de la liberté, avait dénoncé des fraudes et des irrégularités. Soutenu par M. Boakai, il réclame que l'ensemble du processus électoral soit remis à plat.

La Cour reproche à la NEC d'avoir "fixé une date (le 7 novembre, NDLR) et préparé la tenue du second tour sans avoir au préalable examiné les plaintes faisant état d'irrégularités et de fraudes massives".

"Le Parti de la liberté a présenté ses preuves et nous, en tant que Commission électorale nationale, allons prendre position. Donc, d'ici quelques jours, nous espérons que parvenir à des conclusions dans l'enquête", a déclaré lundi un juriste de la NEC, Musa Dean.

La Commission électorale a jusqu'au 22 novembre pour examiner le recours. En cas de désaccord avec sa décision le parti de M. Brumskine pourra saisir la Cour suprême dans les sept jours et celle-ci disposera d'un délai d'une semaine pour trancher. L'ensemble de ces procédures peuvent se prolonger jusqu'au 6 décembre.

Si elle invalide les résultats du premier tour, la Cour suprême devra même appeler à la tenue d'une nouvelle élection dans un délai de 60 jours, selon la Constitution.

- 'Volonté claire ' -

La Coalition pour le changement démocratique (CDC) de George Weah, qui avait remporté 38,4% des voix au premier tour, a "pris connaissance de la décision", a déclaré son avocat, Phil Tarpeh Dixon.

"Nous ne pensons pas que ces élections étaient parfaites (...) mais nous pensons que la volonté du peuple libérien était claire et qu'elle était favorable au CDC", a-t-il ajouté, alors que Joseph Boakai a obtenu 28,8% des voix.

MM. Boakai et Brumskine ont également accusé Ellen Johnson Sirleaf "d'interférence dans les élections" en raison de sa rencontre avec les responsables de la Commission électorale avant le premier tour.

M. Brumskine a réclamé que les membres de la NEC soient remplacés avant qu'un nouveau scrutin soit organisé. Il est allé jusqu'à accuser Mme Sirleaf d'être sur le point de replonger le Liberia dans une guerre civile comme celle qui a fait quelque 250.000 morts de 1989 à 2003.

"Le pays est plus divisé que jamais", a affirmé avant la décision de la Cour suprême Rodney Sieh, rédacteur en chef du journal d'investigation Front Page Africa. "Les supporters de Weah estiment que Brumskine et les autres font durer le processus (électoral) alors que les autres pensent que la justice doit suivre son cours".

Des experts estiment cependant qu'un report du scrutin ne nuirait pas forcément au processus électoral mais qu'il requiert une gestion subtile.

"Même s'il y a un report, si ça ne sape pas l'intégrité de l'ensemble du processus électoral, le peuple libérien aura toujours la possibilité de s'exprimer", a affirmé Christopher Fomunyoh, directeur régional de l'Institut national démocratique, une organisation non-gouvernementale américaine qui a déployé des observateurs au Liberia.

La communauté internationale, qui a accordé des milliards d'aide au Liberia depuis 12 ans, suit avec inquiétude la situation.

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