NOUVELLES
06/11/2017 07:20 EST

Le secrétaire américain au Commerce et Elizabeth II au rang des clients des paradis fiscaux

Le secrétaire américain au Commerce en affaires avec des proches du Kremlin, la reine d'Angleterre qui investit aux Bermudes: l'ampleur mondiale de l'optimisation fiscale est mise à nu par une enquête journalistique après une fuite massive de documents.

Dix-huit mois après les "Panama Papers" portant sur la fraude fiscale, le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), regroupant 96 médias de 67 pays, a commencé dimanche à dévoiler les "Paradise Papers".

Ces révélations ont été jugées "choquantes" par l'Union européenne qui veut des "sanctions dissuasives".

Les informations de l'ICIJ s'appuient sur la fuite de 13,5 millions de documents financiers, provenant notamment d'un cabinet international d'avocats basé aux Bermudes, Appleby, obtenus par le journal allemand Süddeutsche Zeitung.

Des documents dévoilent notamment que le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, a gardé 31% des parts de Navigator Holdings, une société de transport maritime dont l'un des principaux clients est l'entreprise russe de gaz et produits pétrochimiques Sibur.

Or parmi les propriétaires de Sibur figurent Guennadi Timtchenko, un proche du président russe, sanctionné par le Trésor américain après l'annexion de la Crimée, ainsi qu'un gendre de Vladimir Poutine, selon le New York Times.

"Navigator affrète juste des bateaux" pour Sibur, a déclaré M. Ross sur la BBC, ne voyant "absolument rien de répréhensible". Il a souligné que le contrat avait été négocié avant qu'il n'intègre le conseil d'administration de Navigator, et que l'entreprise Sibur elle-même n'avait "pas été sanctionnée".

- Deuxième banque russe -

Mais M. Ross a dit aussi sur Bloomberg TV qu'il allait "probablement" vendre le reste de ses parts dans Navigator.

Parmi les autres clients de cette société figure le groupe pétrolier d'Etat vénézuélien PDVSA, frappé par des sanctions de Washington depuis l'été.

Le cas du secrétaire au Commerce, financier réputé, pourrait poser des problèmes éthiques, estime Richard W. Painter, ancien responsable du bureau d'éthique sous la présidence de George W. Bush.

Contacté par l'AFP, le département américain du Commerce a néanmoins jugé que le secrétaire respectait les normes du gouvernement, ajoutant que M. Ross n'avait "jamais rencontré les actionnaires de Sibur mentionnés".

Un an après son élection, le mandat du président américain Donald Trump reste empoisonné par les enquêtes sur une éventuelle collusion entre son équipe de campagne et la Russie.

Aucune réaction n'avait été rendue publique lundi à Moscou sur l'affaire Ross-Sibur.

Des hommes politiques russes ont en revanche minimisé des fuites distinctes des Paradise Papers visant deux sociétés publiques, la VTB, deuxième plus grande banque russe, sous le coup de sanctions américaines, qui aurait investi dans Twitter, et Gazprom, le géant gazier russe, qui aurait financé indirectement un instrument de placement possédant des parts de Facebook.

Ces fuites cherchent à "favoriser les émotions avec des formulations confuses", a accusé un responsable du Sénat russe, Constantin Kosachev, cité par l'agence officielle RIA Novosti.

- Failles réglementaires -

Les informations diffusées par l'ICIJ ne se limitent pas aux affaires américaines et russes.

Une dizaine de millions de livres sterling d'avoirs de la reine d'Angleterre Elizabeth II ont été placés dans des fonds aux Iles Caïmans et aux Bermudes, selon la BBC et The Guardian, via le Duché de Lancaster, domaine privé de la souveraine et source de ses revenus.

Les fonds placés dans ces paradis fiscaux sont investis dans de nombreuses sociétés, dont Brighthouse, une société de location avec option d'achat de meubles et de matériel informatique accusée de profiter de la misère, ou encore une chaîne de magasins de spiritueux aujourd'hui en dépôt de bilan.

"Tous nos investissements font l'objet d'un audit complet et sont légitimes", a affirmé à l'AFP une porte-parole du Duché de Lancaster. "Nous effectuons un certain nombre d'investissements, dont quelques-uns avec des fonds à l'étranger". Ces derniers ne représentent que 0,3% de la valeur totale du Duché, selon elle.

Le chef de l'opposition britannique, le travailliste Jeremy Corbyn, a néanmoins estimé que c'était "scandaleux" et réclamé de "frapper fort" contre ceux, personnes fortunées ou multinationales, qui profitent des failles du système pour payer le moins d'impôts possible.

Au Canada, le milliardaire Stephen Bronfman, à la tête de l'ex-société de vins et spiritueux Seagram, a placé avec son parrain Leo Kolber 60 millions de dollars américains (52 millions d'euros) dans une société offshore aux Iles Caïmans, a révélé le Toronto Star.

Cet ami de Justin Trudeau, responsable de la collecte de fonds lors de la campagne électorale de 2015 pour le compte du parti libéral canadien, pourrait devenir encombrant pour le Premier ministre, élu sur des promesses de réduction des inégalités et de justice fiscale.

Au Brésil, les ministres de l'Économie et de l'Agriculture, Henrique Meirelles et Blairo Maggi, ont à leur tour nié toute irrégularité après que leurs noms ont été liés à des sociétés offshore dans des paradis fiscaux.

burs-pn/oaa/lpt