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29/10/2017 08:22 EDT | Actualisé 29/10/2017 08:40 EDT

Catalogne: entre football et "castellers", la fière Gérone fête le Real Madrid

On peut vivre dans un bastion de l'indépendantisme catalan et apprécier la visite du Real Madrid, club emblématique de l'Espagne: l'équipe de Zinédine Zidane a été reçue dimanche dans une ambiance festive à Gérone, malgré la crise politique en Catalogne.

"Parlons de football, laissons de côté la politique, on est saturés", implore d'entrée Daniel Rimbau, un étudiant de 21 ans revêtu du maillot rouge et blanc du Gérone FC.

A côté de lui, son ami David arbore pourtant autour cou une "estelada", le drapeau indépendantiste catalan, mais les deux supporters veulent avant tout retenir la portée sportive de la rencontre du jour: c'est le tout premier match officiel entre le modeste club catalan, promu cette saison en 1re division du Championnat d'Espagne, et la multinationale Real Madrid.

"Ce matin, quand je me suis levé, je ne me rendais pas compte que Cristiano Ronaldo ou Zidane allaient vraiment venir. C'est un jour spécial", souligne Daniel.

Le jeune homme se rappelle de l'époque, pas si lointaine, où Gérone jouait dans les catégories inférieures et où lui et ses amis pouvaient aller échanger quelques passes sur le terrain à la mi-temps.

Dans les tribunes du stade de Montilivi (13.500 places), à la périphérie de cette ville de 100.000 habitants considérée comme un fief séparatiste, les drapeaux catalans sont nombreux. Et soudain, le public se met à scander "Independencia" puis "Llibertat", comme un inévitable rappel de la situation politique après la déclaration unilatérale d'indépendance prononcée vendredi et la reprise en main de la région par le gouvernement de Madrid.

- Historique -

Pourtant, on dénombre aussi dans les gradins beaucoup de maillots blancs du Real, voire quelque drapeaux espagnols. Et le premier but madrilène, signé Isco (12e), fait se lever un bon quart du stade, de la même manière que l'arrivée du bus du Real, banalisé par mesure de sécurité, avait été accueillie par un mélange de sifflets et d'applaudissements.

Pour beaucoup de supporters de Gérone, le Real Madrid n'est pas l'adversaire honni, c'est d'abord "le rival du grand frère"... à savoir le FC Barcelone.

"Ce qui se passe ici est une fête. Il faut séparer ce qu'est la Catalogne et ce que sont ses clubs, Gérone, Barça et Espanyol", fait valoir Daniel Rimbau.

Même opinion pour David Cespedes (49 ans), venu au stade avec sa fille Laura: ce supporter, casquette de Gérone vissée sur la tête, tient à ce que "la politique reste en marge du sport" afin de savourer "un match historique".

Pour lui, la menace d'une exclusion des clubs catalans de la Liga en cas d'indépendance effective ne tient pas.

"Une Liga sans le Barça n'aurait pas de sens", relève-t-il. "Et un championnat de Catalogne serait moins compétitif. Tout dépend des circonstances politiques. Mais je ne pense pas que la Liga ait intérêt à perdre le Barça."

- 'Qu'ils nous virent' -

Le Real Madrid non plus, vu l'importance de la manne des droits télévisés et vu la répercussion de ses deux duels annuels face au Barça dans le clasico du Championnat d'Espagne.

"S'ils ne veulent plus de nous (en Liga), qu'ils nous virent", assène Lluis Torrent, prêt à accepter que son cher Gérone FC quitte l'épreuve... Tout en disant espérer que le club décroche son maintien en Liga.

Quelques heures avant le début du match, cet ingénieur de 56 ans s'est rendu sur la place de la mairie, où les festivités de la Saint-Narcisse, patron de la ville, battent leur plein.

Sous les yeux de la maire Marta Madrenas, qui a succédé à ce poste au dirigeant indépendantiste Carles Puigdemont, les "castellers", ces spécialistes des pyramides humaines, construisent leurs édifices précaires défiant la gravité.

"C'est une construction haut de gamme", s'enthousiasme Lluis Torrent devant un "castell" de huit étage où culmine une petite fille.

"Nous sommes très nerveux depuis vendredi, nous attendions l'indépendance", commente-t-il, même si rien ne semble avoir changé dans la ville ces dernières heures. "Pas de violences, pas d'histoire", s'enorgueillit-il. Et en attendant l'indépendance de la Catalogne, il n'espère qu'une chose: "Ce serait un beau cadeau pour les fêtes (de la ville) de battre le Real."

Si ce n'est pas pour dimanche, tout Gérone espère que ce sera dans un avenir proche.

jed/el/dhe