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25/10/2017 20:45 EDT | Actualisé 25/10/2017 21:00 EDT

Rohingyas, les voix du gigantesque camp de Kutupalong

Cité de tentes dont les collines s'étalent à perte de vue, limbes de misère et de désespoir, le camp de réfugiés rohingyas de Kutupalong, dans le sud du Bangladesh, est en marche pour devenir le plus grand du monde.

Submergé par un exode de musulmans rohingyas de Birmanie voisine, le Bangladesh accueille désormais sur son sol près d'un million de ces réfugiés.

Montant de la foule anonyme des allées de terre de Kutupalong, vite transformées en bourbier par les pluies, voici les voix et histoires d'une dizaine de réfugiés rohingyas rencontrés par l'AFP.

- Khairul Amin -

Au petit matin du 25 août, Khairul a été réveillé par des tirs du côté du camp militaire proche de son village de l'État Rakhine (ouest de la Birmanie). Cet épicier de 48 ans en ignore l'origine. Quelques heures plus tard, l'armée birmane a attaqué son village. "Ils lançaient des bombes depuis un hélicoptère", affirme-t-il.

Le 25 août est la date d'une série d'attaques de l'Armée du salut des Rohingyas de l'Arakan (Arsa), un jeune mouvement rebelle, qui a enclenché un nouveau cycle de violences.

- Zohra Begum -

Il a fallu dix jours à la famille de Zohra pour gagner le Bangladesh depuis leur village. En arrivant, "j'étais soulagée parce que de ce côté il n'y a pas de meurtres ou de massacres", raconte la jeune fille de 11 ans.

Les camps de réfugiés surpeuplés ont été une surprise pour elle. Elle n'avait jamais vu autant de monde concentré dans un même endroit.

- Somira Aktar -

Les Rohingyas qui veulent passer la rivière Naf, frontière naturelle entre le Bangladesh et la Birmanie, sont souvent dépouillés par des passeurs sans scrupules. Somira, 25 ans, a eu de la chance: elle n'a payé que 2.000 kyats (1,25 euro). "Le batelier était gentil. Même des personnes qui ne pouvaient pas payer, ils les laissaient monter", se souvient-elle.

- Khairul Bashar -

Khairul, 65 ans, a toujours vu sa communauté victime de discriminations et de violences dans l'ouest de la Birmanie. En 1982, une loi a même retiré aux Rohingyas la nationalité birmane, bien que certains y vivent depuis des générations.

"Ils disent que nous sommes des musulmans du Bangladesh, que nous devons retourner dans notre pays."

- Sohura Kathun -

Pendant les longues journées du camp, Sohura tient la maison et s'occupe de son fils Anas, un an. L'enfant se promène nu. Il a le ventre gonflé, signe de malnutrition. Malgré son âge, sa mère de 20 ans continue de l'allaiter: "je n'arrive pas à me procurer des produits laitiers pour lui".

- Kafait Ulah -

Kafait a 34 ans dont 26 de camps. Sa famille a fui des violences en Birmanie au début des années 1990. Depuis, il est piégé à Kutupalong

Les Rohingyas ont interdiction de travailler au Bangladesh - qui ne veut pas les intégrer -, il s'occupe en se portant volontaire dans des ONG. "Ma vie est à moitié écoulée et je n'en ai rien fait", se désole-t-il.

- Mohammed Jubayed -

Mohammed est venu au monde le 11 octobre dernier à Kutupalong, dans une tente de l'armée bangladaise qui sert de maternité sommaire.

Sa mère, Hasina Aktar, a 20 ans et c'est son deuxième enfant. Elle a fui la Birmanie enceinte, quatre mois auparavant. Elle s'inquiète des conditions précaires dans lesquelles sa fille et son fils vont grandir.

La famille habite une hutte de bâches et de bouts de bois, au sol de terre battue.

- Fazol Ahmed -

La dernière fois que Fazol était réfugié au Bangladesh, en 1978, "il y avait moins de monde" dans les camps. Ce fermier et sa famille y étaient restés huit mois, avant de bénéficier d'un programme de rapatriement en Birmanie.

Cet été, il a dû pour la deuxième fois de sa vie quitter son village détruit.

Fazol ne connaît pas exactement son âge, mais il aurait autour de la cinquantaine. Il habite dans le camp voisin de Thangkhali. Le jour où l'AFP l'a rencontré, il était de passage à Kutupalong pour les funérailles d'un proche décédé la veille.

- Mujibur Rahman -

En Birmanie, Mujibur travaillait. "Je portais des briques", dit, sans plus de précisions, le garçon de 10 ans. À Kutupalong, il va pour la première fois à l'école.

Des organisations internationales mettent à toute vitesse sur pied des centres d'apprentissage pour ces enfants qui n'ont souvent jamais connu une salle de classe. Mujibur était un peu effrayé son premier jour. Il aime apprendre à lire et à écrire.

- Mohammed Yusuf -

Mohammed, 18 ans, vit à Kutupalong depuis neuf ans. Il ne voit pas d'un bon oeil la marée de nouveaux réfugiés qui viennent bouleverser l'équilibre du camp. "Ça me complique nettement la vie", dit-il. "Avant il y avait moins de monde, les autorités étaient plus souples. Elles nous laissaient sortir, on arrivait à trouver du travail. Maintenant, c'est barricadé."

- Hakim Zamal -

En raison de son grand âge, Hakim n'a pas la force de faire la queue aux distributions de nourriture. Sa fille se débrouille pour lui fournir les vivres.

Dans leur fuite, les proches de cette octogénaire ont dû la porter jusqu'au Bangladesh. Tout son village a été incendié, il ne lui reste plus rien. "Je ne veux pas retourner en Birmanie. Je mourrai ici."

amd/mf