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25/10/2017 20:55 EDT | Actualisé 25/10/2017 21:00 EDT

Les Kényans votent lors d'une présidentielle tendue et boycottée par l'opposition

Les Kényans ont commencé à voter jeudi pour élire leur président, le sortant Uhuru Kenyatta étant assuré d'être réélu face au boycottage de l'opposition qui entame la crédibilité de ce nouveau scrutin susceptible de déboucher sur une longue période d'instabilité.

Quelque 19,6 millions d'électeurs inscrits sont en théorie attendus dans les 40.883 bureaux de vote du pays, mais le contraste avec l'effervescence électorale lors de la présidentielle du 8 août -invalidée par la justice pour "irrégularités"- était déjà saisissant jeudi dans les bastions de l'opposition.

Le leader de l'opposition Raila Odinga, 72 ans, a appelé ses partisans à rester "chez eux" jeudi, estimant que les conditions d'une élection transparente et juste n'étaient pas réunies.

Urnes et kits électroniques non acheminés, bureaux de vote fermés avec des cadenas, aucune file d'électeurs à l'horizon, responsables électoraux restés chez eux de peur d'être attaqués: les opérations de vote semblaient impossibles à organiser en l'état à Kisumu, principale ville de l'ouest du pays et bastion de l'opposition, a constaté un journaliste de l'AFP.

Dans le principal bidonville de Kisumu, comme dans la ville de Migori (ouest), des partisans de l'opposition ont même érigé des barricades où ils faisaient brûler des pneus.

- Bureaux de vote cadenassés à Kisumu -

"Je ne comprends pas que rien n'ait été organisé pour le vote ; même si seulement 10 personnes veulent voter, les bureaux de vote devraient être ouverts!", s'est insurgé Joshua Nyamori, 42 ans, partisan de M. Odinga, qui a trouvé porte close en tentant de se rendre à son bureau de vote de Kisumu, dans cette région majoritairement peuplée par l'ethnie luo de M. Odinga.

"Je suis inquiet, parce que des gens sont forcés de rester chez eux (alors qu'ils souhaiteraient aller voter), des gens ont peur d'être attaqués", a-t-il regretté.

Le pays était placé sous très haute sécurité jeudi, après des semaines de climat politique délétère. Au moins 40 personnes ont été tuées depuis le 8 août, la plupart dans la répression brutale des manifestations par la police, selon les organisations de défense des droits de l'Homme.

"C'est mon devoir de voter. La dernière fois, la file d'attente faisait le tour du pâté de maison et j'avais dû patienter 6 heures pour voter. Mais cette fois-ci, il y a peu de monde", a déclaré David Njeru, un chauffeur de taxi de 26 ans venu voter à Mathare, un bidonville de Nairobi.

Ce nouveau scrutin est organisé après l'annulation le 1er septembre par la Cour suprême de l'élection du 8 août, à l'issue de laquelle M. Kenyatta avait été proclamé vainqueur avec 54,27% des voix, contre 44,74% à M. Odinga.

La Cour avait justifié cette décision -une première en Afrique- par des irrégularités dans la transmission des résultats. Exonérant les différents candidats, elle avait fait peser la responsabilité de ce scrutin "ni transparent, ni vérifiable" sur la Commission électorale (IEBC).

Galvanisé par ce jugement, M. Odinga, déjà trois fois candidat malheureux à la présidence (1997, 2007, 2013), a fait pression pour obtenir une réforme de cette Commission. Si l'IEBC a entrepris quelques timides changements, l'opposition estime cependant qu'elle reste acquise au pouvoir.

Le président de la Commission, Wafula Chebukati, avait lui-même accrédité cette idée la semaine passée en admettant qu'il ne pensait pas l'IEBC en mesure de garantir un scrutin crédible.

C'est pour cette raison que, le 10 octobre, M. Odinga a annoncé son retrait de l'élection. Il ne l'a toutefois pas formalisé et son nom figure sur les bulletins de vote à disposition des électeurs, avec ceux de M. Kenyatta et des six autres candidats mineurs.

Dénonçant la "dictature" qui s'est abattue sur le Kenya, Raila Odinga a appelé de ses voeux mercredi la création d'un "Mouvement national de résistance" contre "l'autorité illégitime du gouvernement".

- Déficit démocratique -

Sauf nouveau coup de théâtre dans cette saga présidentielle, Uhuru Kenyatta, fils du père de l'indépendance du pays, Jomo Kenyatta, devrait être réélu. Mais il souffrira d'un fort déficit démocratique. Et sa réélection, avant d'être officialisée, promet d'être soumise à une multitude de recours en justice.

Dans cette perspective, l'abstention sera un enjeu de taille pour M. Kenyatta, leader de l'ethnie kikuyu, la plus nombreuse et influente du pays.

Depuis des semaines, le pays est plongé dans sa pire crise politique depuis 10 ans, qui a fait ressurgir avec acuité les profondes divisions sociales et ethniques qui traversent le Kenya et ses 48 millions d'habitants.

Les deux camps ont multiplié invectives et insultes, et de nombreux Kényans ont exprimé leur exaspération face aux turpitudes de leurs dirigeants. Beaucoup, lassés d'une crise qui a affecté leur pouvoir d'achat et craignant pour leur sécurité, pourraient décider de ne pas aller voter.

Quelque 15,6 millions de personnes avaient voté lors de l'élection du 8 août, et 8,2 millions avaient porté leur voix sur M. Kenyatta.

A l'issue de la présidentielle de fin 2007-début 2008, le pays avait sombré dans ses pires violences politico-ethniques depuis son indépendance en 1963, qui avaient fait au moins 1.100 morts.

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