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26/10/2017 03:59 EDT | Actualisé 26/10/2017 04:20 EDT

Les Kényans boudent une présidentielle boycottée par l'opposition

Les Kényans ont largement boudé les urnes jeudi lors d'une élection présidentielle boycottée par l'opposition et endeuillée par la mort d'au moins un de ses partisans dans de violents affrontements avec la police.

Quelque 19,6 millions d'inscrits étaient en théorie attendus dans les 40.883 bureaux de vote. Mais le contraste était saisissant avec l'effervescence qui avait marqué le scrutin présidentiel du 8 août, invalidé par la justice pour "irrégularités".

Après deux mois d'une crise majeure qui divise la nation, la ferveur démocratique des élections générales du 8 août avait déserté jeudi les maigres files d'attente devant les bureaux de vote.

Estimant que l'élection ne pouvait être transparente et juste, le leader de l'opposition, Raila Odinga, 72 ans, a appelé ses partisans à rester "chez eux" jeudi, laissant la voie libre à une réélection du président sortant Uhuru Kenyatta, 56 ans, face à six autres candidats mineurs.

Mais tous les supporteurs de M. Odinga n'ont pas suivi son appel à la retenue. Et contrairement au scrutin d'août, qui s'était déroulé dans le calme, les heurts violents entre partisans de l'opposition et police se sont multipliés.

Dans les bastions de l'opposition, certains opposants ont bloqué l'accès aux bureaux de vote, dont la plupart étaient tout simplement fermés, le matériel électoral n'ayant pu être acheminé et les agents électoraux craignant pour leur sécurité.

A Kisumu (ouest), dans le bidonville de Kondele, les manifestants ont érigé des barricades où ils faisaient brûler des pneus. La police a fait un usage régulier de gaz lacrymogène pour disperser ces groupes.

Au moins un manifestant, âgé de 19 ans, a été tué par balle à Kisumu dans ces affrontements avec la police, a rapporté à l'AFP une source médicale sous couvert d'anonymat. Quatre personnes ont également été blessées par balle, selon la même source.

- 'Nous voulons le changement' -

Les mêmes échauffourées entre policiers et opposants ont éclaté dans des bidonvilles de Nairobi, Kibera et Mathare, ou dans d'autres villes de l'ouest, Siaya et Homa Bay.

A Mombasa, la grande ville côtière (est), où une école qui devait servir de bureau de vote a été couverte d'excréments dans un bidonville et une personne a été poignardée après être allée voter, selon la police.

"Nous ne voulons pas de cette élection, nous ne voulons pas de Kenyatta, ce que nous voulons c'est le changement. Que l'IEBC (la commission électorale) fasse les réformes nécessaires et ensuite on pourra avoir une vraie élection", a déclaré à l'AFP l'un des manifestants à Kisumu, Joseph Ochyeng, 26 ans.

Si le calme régnait ailleurs dans le pays, la participation semblait aussi en très forte baisse par rapport au scrutin du 8 août, y compris dans les zones acquises au pouvoir.

Le pays était placé sous très haute sécurité, après des semaines de climat politique délétère. Au moins 41 personnes ont été tuées depuis le 8 août, la plupart dans la répression brutale des manifestations par la police, selon les organisations de défense des droits de l'homme.

Ce nouveau scrutin est organisé après l'annulation le 1er septembre par la Cour suprême de l'élection du 8 août, à l'issue de laquelle M. Kenyatta avait été proclamé vainqueur avec 54,27% des voix, contre 44,74% à M. Odinga.

La Cour avait justifié cette décision -une première en Afrique- par des irrégularités dans la transmission des résultats, faisant peser la responsabilité de ce scrutin "ni transparent, ni vérifiable" sur l'IEBC.

Galvanisé par ce jugement, M. Odinga, déjà trois fois candidat malheureux à la présidence (1997, 2007, 2013), a fait pression pour obtenir une réforme de cette Commission. Mais si l'IEBC a entrepris quelques timides changements, l'opposition estime qu'elle reste acquise au pouvoir.

- Déficit démocratique -

Le président de la Commission, Wafula Chebukati, avait lui-même accrédité cette idée la semaine passée en admettant qu'il ne pensait pas l'IEBC en mesure de garantir un scrutin crédible.

Dénonçant la "dictature" qui s'est abattue sur le Kenya, Raila Odinga a appelé de ses voeux mercredi la création d'un "Mouvement national de résistance" contre "l'autorité illégitime du gouvernement".

Sauf énième rebondissement, Uhuru Kenyatta, fils de Jomo Kenyatta, le père de l'indépendance, devrait être réélu. Mais il souffrira d'un énorme déficit démocratique. Et avant d'être officialisée, sa réélection promet d'être soumise à une multitude de recours en justice.

L'abstention est donc un enjeu de taille pour M. Kenyatta, le leader de l'ethnie kikuyu, la plus nombreuse et influente du pays. Quelque 15,6 millions de personnes avaient voté le 8 août, et 8,2 millions avaient porté leur voix sur lui.

Depuis des semaines, le pays est plongé dans sa pire crise depuis les violences politico-ethniques de 2007-2008 (au moins 1.100 morts). Elle a remis en lumière les profondes divisions sociales, géographiques et ethniques qui traversent le Kenya et ses 48 millions d'habitants.

Les deux camps se sont engagés dans un affrontement stérile, à coups d'invectives, qui a provoqué l'exaspération de nombreux Kényans, lassés d'une crise qui a affecté leur pouvoir d'achat.

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