NOUVELLES
26/10/2017 06:31 EDT | Actualisé 26/10/2017 07:00 EDT

Le Parlement européen attribue son prix Sakharov 2017 à l'opposition vénézuélienne

Le Parlement européen a attribué jeudi son Prix Sakharov 2017 pour la "liberté de pensée" à l'opposition démocratique vénézuélienne, en appelant à une "transition pacifique vers la démocratie" dans ce pays d'Amérique latine plongé dans une crise politique et économique.

La récompense, qui a fait grincer des dents parmi les eurodéputés, a été plus précisément attribuée à l'Assemblée nationale vénézuélienne, dominée par l'opposition et présidée par Julio Borges, ainsi qu'à une liste de prisonniers politiques.

"Il y a une véritable crise économique et sociale, la situation s'est détériorée, nous sommes face à une véritable crise humanitaire" au Venezuela, a déclaré en session plénière le président du Parlement européen, Antonio Tajani, en annonçant le choix des chefs de groupes parlementaires.

"Nous voulons lancer un appel, nous voulons une transition pacifique vers la démocratie", a poursuivi à la tribune M. Tajani, qui a dénoncé la "dictature" du président socialiste Nicolas Maduro.

Depuis le début de l'année, plus d'une centaine de personnes "ont été assassinées dans des manifestations, la plupart étant des manifestations anti-gouvernementales, et plus de 500 ont été emprisonnés arbitrairement" au Venezuela, a souligné le Parlement européen dans un communiqué.

Le 11 octobre, les 28 Etats membres de l'UE avaient donné leur "accord de principe" à la mise en place de sanctions contre le régime de Caracas.

- Prix contesté -

Applaudie dans l'hémicycle, l'annonce du prix a aussi été bruyamment contestée par des eurodéputés de la gauche radicale (GUE/NGL).

"Respectez la volonté du Parlement", leur a lancé M. Tajani, issu du PPE (droite), principale force politique au Parlement, qui avait proposé avec les libéraux de l'ALDE la candidature de l'opposition vénézuélienne.

Le prix a "été instrumentalisé à des fins politiques", a regretté dans un communiqué la gauche radicale, qui a annoncé qu'elle boycotterait la remise de la récompense, le 13 décembre à Strasbourg.

La délégation française des Verts a également fait part de son mécontentement, estimant que le prix risquait "de polariser et d'aggraver la crise politique au Venezuela au lieu de la résoudre".

Selon ces voix critiques, des membres de l'extrême-droite font partie des opposants nominés, et le prix aurait plutôt dû être attribué à l'un des deux autres finalistes en lice.

Il s'agissait de Dawit Isaak, un journaliste et auteur suédois d'origine érythréenne, arrêté en 2001 par les autorités d'Asmara, et la Guatémaltèque Aura Lolita Chavez Ixcaquic, issue du peuple maya quiché, qui incarne la lutte pour les droits des populations autochtones.

L'hommage des eurodéputés à l'opposition vénézuélienne survient au moment où celle-ci apparaît plus divisée que jamais, dans ce pays pétrolier en plein naufrage économique.

Les fractures au sein de la Table pour l'unité démocratique (MUD), une coalition d'une trentaine de partis allant de la gauche modérée à la droite, profitent au président Maduro, qui avait été la cible d'une vague de manifestations au printemps exigeant son départ.

Le chef de l'Etat semble désormais en position de force pour les prochaines échéances électorales (municipales, encore sans date, et présidentielle, fin 2018).

- Révocation ? -

Créé en 1988, le Prix Sakharov, doté d'une somme de 50.000 euros, tire son nom du scientifique soviétique dissident Andreï Sakharov (1921-1989), et distingue chaque année des personnalités qui se sont illustrées dans la défense des droits de l'homme et de la liberté d'expression.

En 2016, le prix avait été attribué à deux femmes yézidies d'Irak, réduites en esclavage par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) avant de s'enfuir, et en 2015 au blogueur saoudien Raef Badaoui, emprisonné pour "insulte à l'islam".

Les eurodéputés se sont récemment penchés de manière inhabituelle sur l'un de leurs choix passés: le prix décerné à la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi en 1990, alors qu'elle venait d'être placée en résidence surveillée après que son parti eut remporté les élections.

Dans une résolution adoptée en septembre, les députés européens avaient en effet déploré que l'ancienne égérie des droits de l'homme, devenue dirigeante civile du gouvernement, garde le silence sur le sort des musulmans rohingyas persécutés.

Les eurodéputés se sont demandé dans ce texte "si le prix Sakharov pourrait être révoqué en cas de violations" des critères ayant conduit à son attribution.

cds/agr/mct