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26/10/2017 03:34 EDT | Actualisé 26/10/2017 03:40 EDT

Le Parlement européen attribue son prix Sakharov 2017 à l'opposition vénézuélienne

Le Parlement européen a attribué jeudi son son Prix Sakharov 2017 pour la "liberté de pensée" à l'opposition démocratique vénézuélienne, en appelant à une "transition pacifique vers la démocratie" dans ce pays d'Amérique latine embourbé dans une crise politique et économique.

Les eurodéputés ont plus précisément attribué leur récompense à l'Assemblée nationale vénézuélienne, dominée par l'opposition et présidée par Julio Borges, ainsi qu'aux prisonniers politiques.

"Il y a une véritable crise économique et sociale, la situation s'est détériorée, nous sommes face à une véritable crise humanitaire" au Venezuela, a déclaré en session plénière le président du Parlement européen, Antonio Tajani, en annonçant le choix des chefs de groupes parlementaires.

"Nous voulons lancer un appel, nous voulons une transition pacifique vers la démocratie", a poursuivi à la tribune M. Tajani, qui a aussi dénoncé frontalement dans un communiqué la "dictature" du président socialiste Nicolas Maduro.

Applaudie dans l'hémicycle, l'annonce du prix a aussi été bruyamment contestée par certains eurodéputés de la gauche radicale.

"Respectez la volonté du Parlement", leur a lancé M. Tajani, issu du PPE (droite), principale force politique au Parlement, qui avait proposé la candidature de l'opposition vénézuélienne avec les libéraux de l'ALDE.

Les deux autres finalistes en lice cette année étaient Dawit Isaak, un journaliste et auteur suédois d'origine érythréenne, arrêté en 2001 par les autorités d'Asmara, et la Guatémaltèque Aura Lolita Chavez Ixcaquic, issue du peuple maya quiché, qui incarne la lutte pour les droits des populations autochtones.

- Opposition divisée -

L'opposition démocratique au Venezuela faisait figure de favorite. Le nombre de prisonniers politiques dans le pays "s'élève à plus de 600" selon le dernier rapport du Foro Penal Venezolano (Forum pénal vénézuélien)", cité par le Parlement européen.

"Depuis le début de l'année, plus de 130 personnes ont été assassinées dans des manifestations, la plupart étant des manifestations anti-gouvernementales, et plus de 500 ont été emprisonnés arbitrairement", a aussi souligné le Parlement dans un communiqué.

Le 11 octobre, les 28 Etats membres de l'UE avaient donné leur "accord de principe" à la mise en place de sanctions contre le régime de Caracas, en réponse à cette répression.

L'hommage des eurodéputés à l'opposition vénézuélienne survient au moment où celle-ci apparaît plus divisée que jamais, dans ce pays pétrolier en plein naufrage économique.

Quatre des cinq gouverneurs régionaux de l'opposition récemment élus ont prêté serment lundi devant la Constituante, exclusivement composée de partisans du président Maduro et non reconnue par l'opposition.

Il s'agit d'un revirement par rapport à la position initiale de la Table pour l'unité démocratique (MUD), une coalition d'une trentaine de partis allant de la gauche modérée à la droite, qui voulait boycotter cette Constituante.

En signe de protestation, l'ex-candidat à la présidentielle Henrique Capriles a claqué la porte de la MUD mardi, dénonçant une "trahison".

Les divisions au sein de l'opposition profitent au président Maduro, qui avait été la cible d'une vague de manifestations au printemps exigeant son départ, qui ont fait 125 morts.

Le chef de l'Etat se retrouve désormais en position de force pour les prochaines échéances électorales (municipales, encore sans date, et présidentielle, fin 2019).

- Révocation? -

Le prix Sakharov, doté d'une somme de 50.000 euros, sera remis au vainqueur lors d'une cérémonie qui se tiendra le 13 décembre à Strasbourg.

Créée en 1988, la récompense tire son nom du scientifique soviétique dissident Andreï Sakharov (1921-1989), et distingue chaque année des personnalités qui se sont illustrées dans la défense des droits de l'homme et de la liberté d'expression.

En 2016, le prix avait été attribué à deux femmes yézidies d'Irak, réduites en esclavage par le groupe jihadiste Etat islamique (EI) avant de s'enfuir, et en 2015 au blogueur saoudien Raef Badaoui, emprisonné pour "insulte à l'islam".

Les eurodéputés se sont récemment penchés de manière inhabituelle sur l'un de leurs choix passés: le prix décerné à la dirigeante birmane Aung San Suu Kyi en 1990, alors qu'elle venait d'être placée en résidence surveillée après que son parti eut remporté les élections.

Dans une résolution adoptée en septembre, les députés européens avaient en effet déploré que l'ancienne égérie des droits de l'homme, devenue dirigeante civile du gouvernement, garde le silence sur le sort des musulmans rohingyas persécutés.

Les eurodéputés se sont demandé dans ce texte "si le prix Sakharov pourrait être révoqué en cas de violations" des critères ayant conduit à son attribution.

cds/agr/lch