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26/10/2017 03:56 EDT | Actualisé 26/10/2017 04:20 EDT

L'Italie se dote d'une nouvelle loi électorale en vue des législatives

Le Parlement italien a définitivement a adopté jeudi une nouvelle loi électorale, en vue des élections législatives prévues début 2018, en dépit de l'opposition du Mouvement 5 Etoiles (populiste), qui s'estime pénalisé par cette réforme.

La nouvelle loi a été adoptée au Sénat par 214 voix contre 61 après avoir été validé dans les mêmes termes par les députés il y quinze jours.

Afin d'accroître les chances de le faire adopter, le gouvernement de centre gauche avait choisi d'engager sa responsabilité sur le texte baptisé "Rosatellum", du nom du député qui l'a porté, Ettore Rosato.

Il prévoit l'élection de 225 députés au scrutin majoritaire uninominal (le candidat obtenant le plus de voix est élu) et de 386 à la proportionnelle ainsi qu'un système similaire pour le Sénat, ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent.

Un dispositif qui, compte tenu du morcellement de la classe politique italienne, ne garantit pas d'aboutir à une majorité stable au Parlement.

"En mélangeant systèmes majoritaire et proportionnel, la loi favorise les partis capables de former des coalitions, ce qui est le cas du Parti démocrate et des deux partis d'opposition, la Ligue du Nord (de Matteo Salvini) et Forza Italia (de Silvio Berlusconi)", explique à l'AFP Franco Pavoncello, professeur de sciences politiques à l'Université américaine de Rome.

"Le Mouvement 5 Etoiles qui a toujours refusé toute alliance est sans doute le parti le plus pénalisé par le texte", précise-t-il.

Depuis la présentation du texte devant les parlementaires, le leader charismatique du M5S Beppe Grillo et ses troupes n'ont pas eu de mots assez durs pour condamner une loi qu'ils jugent "anti-démocratique" et "anti-constitutionnelle".

"Ce pays ne dispose pas de défenses immunitaires pour sauvegarder la démocratie", a-t-il encore lancé mercredi face à plusieurs milliers de sympathisants réunis devant le Panthéon, à Rome, pour protester contre une loi visant, selon eux, à écarter du pouvoir "le premier parti d'Italie". Il s'était présenté avec un bandeau sur les yeux pour symboliser un vote "à l'aveugle".

- Système tripolaire -

"L'objectif est de nous anéantir. C'est une violation des lois démocratiques, un coup mortel à la démocratie", a dénoncé pour sa part Luigi Di Maio, le jeune candidat du mouvement anti-système au poste de Premier ministre.

Les derniers sondages créditent le M5S de 28% des intentions de vote, devant le Parti démocratique (26%), Ligue du Nord (14%) et Forza Italia (13%).

"L'arrivée du M5S dans le champ politique a bouleversé le vieux schéma bipolaire italien, dans lequel la droite et la gauche étaient alternativement au pouvoir", explique Franco Pavoncello.

"Dans le système tripolaire actuel -droite, gauche et M5S- la nouvelle loi électorale, qui oblige à passer des accords entre camps différents, pourrait poser un problème de gouvernabilité, comme l'Italie en connaît depuis des décennies", souligne-t-il.

Sans compter qu'une quatrième force, La Ligue du Nord (anti-euro et anti-immigration), pourrait venir rebattre les cartes, forte du succès dimanche du référendum d'autonomie dont elle avait été à l'initiative en Lombardie et Vénétie.

Les deux régions ont, en effet, voté oui à plus de 95%, même si la participation n'a pas dépassé 38% en Lombardie.

"Il y aura, à coup sûr, un +effet référendum+ pour la Ligue du Nord qui ne manquera pas de dire que si les électeurs veulent voir les résultats de cette consultation traduits dans la loi, il faudra voter pour ses candidats", explique à l'AFP Gianfranco Pasquini, professeur de sciences politiques à l'Université John Hopkins de Bologne.

"On peut d'ailleurs s'attendre à une débâcle du Parti démocrate dans le Nord où une large majorité des collèges uninominaux devraient être remportés par les candidats de la Ligue, ou ceux de Forza Italia qui parviendront à des accords avec elle", prévoit-t-il.

Et il n'est pas sûr, selon lui, que les résultats du Parti démocrate en Emilie-Romagne ou en Toscane, deux régions traditionnellement à gauche, viennent compenser les pertes.

Il s'agit de la quatrième tentative, en un peu plus de 20 ans, de stabiliser le système politique italien par une réforme électorale, après les lois dites "Mattarellum" en 1993, "Porcellum" en 2005 et "Italicum" en 2015.

Le gouvernement dirigé par Paolo Gentiloni est le 64e en Italie depuis 1948.

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