NOUVELLES
26/10/2017 06:21 EDT | Actualisé 26/10/2017 06:40 EDT

L'Espagne attend avec fébrilité de connaître les intentions du président catalan

L'Espagne attendait avec impatience jeudi de savoir si le président séparatiste de la Catalogne allait opter pour l'apaisement en convoquant des élections, à la veille d'une mise sous tutelle par Madrid de sa région, au risque cependant d'enflammer les indépendantistes radicaux.

L'exécutif catalan avait annoncé une allocution du président Carles Puigdemont pour 13h30 (11h30 GMT), puis l'avait reportée d'une heure, avant de la suspendre sans explications, alors même que le Sénat espagnol devait entamer ses débats.

En milieu de journée, la place San Jaume à Barcelone s'était emplie de milliers de manifestants exigeant de M. Puigdemont qu'il rompe avec l'Espagne, certains l'accusant même déjà d'être "un traître".

A Madrid, la Bourse, qui avait bondi de 1,70% vers 13H00 heure locale (11H00 GMT) à l'annonce du discours surprise, évoluait en hausse d'environ 2% après sa suspension.

"M. Puigdemont subit de nombreuses pressions d'une partie du PDeCAT (son parti, ndlr) pour convoquer des élections", avait déclaré en fin de matinée à l'AFP une source au gouvernement régional.

Tirant les conséquences de ces rumeurs, deux députés régionaux du parti du président catalan ont même annoncé à la mi-journée leur démission de la formation sur Twitter : "Je ne partage pas la décision d'aller à des élections", écrivait l'un d'eux, Jordi Cuminal.

Les plus radicaux du camp séparatiste pressaient M. Puigdemont de proclamer immédiatement l'indépendance de la région et la création d'une "République catalane".

Ils mettaient en avant les résultats du référendum d'autodétermination interdit du 1er octobre - émaillé de violences policières -, soutenant qu'ils constituaient "un mandat" pour cette déclaration unilatérale d'indépendance.

Ces résultats, invérifiables, donnaient 90% de "oui" à l'indépendance avec 43% de participation.

- 'Grave situation extraordinaire' -

Une commission sénatoriale doit commencer à débattre à 17h00 (15h00 GMT) de l'application de l'article 155 de la Constitution qui autoriserait le gouvernement central à "prendre le contrôle" de la Catalogne, un scénario inédit aux conséquences incalculables.

Interrogé sur l'effet d'une éventuelle convocation d'élections par M. Puigdemont, un sénateur du parti du chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, Xavier Albiol, a répondu à la presse : "quels que soient les évènements... le Sénat va poursuivre la procédure". Une véritable fin de non-recevoir adressée à ceux qui appellent au dialogue.

Les mesures envisagées sont draconiennes : destitution de l'exécutif indépendantiste de la région, mise sous tutelle de sa police, de son Parlement et de ses médias publics, pour une période qui pourrait atteindre six mois, avant des élections régionales en 2018.

L'approbation des sénateurs, qui doivent voter vendredi, est en principe acquise.

Car les conservateurs disposent de la majorité absolue au Sénat et peuvent aussi compter sur le soutien assuré du parti libéral Ciudadanos né en Catalogne contre l'indépendance.

M. Rajoy avait déjà douché mercredi tout espoir de dialogue avec M. Puigdmeont.

"Vous me dites que les institutions catalanes ont demandé le dialogue et que ma réponse a été l'article 155 et c'est vrai", avait répondu M. Rajoy à un élu indépendantiste catalan au Congrès des députés, avant d'insister : "C'est la seule réponse possible, la seule."

Carles Puigdemont a transmis jeudi matin au Sénat une lettre dans laquelle il protestait par avance : "Pour régler ce que le gouvernement de l'Etat a qualifié de +grave situation extraordinaire+, on va créer une situation extraordinaire encore plus grave en arrachant à la Catalogne son autonomie politique".

- Manifestation à Barcelone -

Mariano Rajoy espère, quant à lui, que les Catalans, divisés à parts presque égales sur l'indépendance, tourneront le dos aux séparatistes, qui n'ont pas de soutiens internationaux et font face à la fuite d'entreprises - plus de 1.600 depuis le début du mois - par peur de l'instabilité.

Chacun redoute des retombées très négatives pour l'économie de la région qui contribue à hauteur de 19% au PIB espagnol.

Le ministre de l'Economie Luis de Guindos a estimé que les effets de l'incertitude se feraient sentir en Catalogne "de manière évidente au quatrième trimestre".

Mais décidés à aller de l'avant coûte que coûte, les indépendantistes avaient prévu de mobiliser leurs partisans à partir de vendredi, par le biais des puissantes associations ANC et Omnium Cultural, dont les dirigeants ont été placés en détention pour "sédition" à la mi-octobre.

Ces mouvements sont capables de rassembler à chaque manifestation des dizaines de milliers - voire des centaines de milliers - de manifestants pacifiques.

"Nous sommes impatients d'avoir la république catalane maintenant. Ca devrait déjà être arrivé !", disait dès jeudi Natalia Torres, 19 ans, parmi les étudiants présents dans le centre de Barcelone pour protester contre la mise sous tutelle de la Catalogne.

"Vous ne pourrez pas emprisonner tout un peuple", pouvait-on lire sur une grande banderole, tandis que des étudiants criaient : "dehors les forces d'occupation !".

bur-av-lbx/mck/bds